En ce début de printemps et ce troisième confinement, l'envie nous est venue de partager avec vous un peu d'ennui, et beaucoup de poésie, car les deux, voyez-vous, vont infiniment bien ensemble ;-) Que la vie vous soit douce, et que le printemps verse sur vous ses trésors verts ! C'est le soir sous la hêtraie, derniers rebonds de soleil vert. Rester couchée là, les heures glissées sur les troncs lisses, couvées lentement dans les lichens. Rien ne se passe vraiment, le vent tourne en rond sagement, les hommes appellent cela l'ennui. C'est bon. C'est comme si J'avais un peu…
Lire la suiteJe suis allée à l'Aubépine, celle qui attend entre les mondes. Je me tiens avec elle au seuil de la forêt quand la nuit à pas de loup sort du souffle des arbres pour s'étaler dans la prairie. La première chouette allume un frisson de lune. Je me penche sous le vieux tronc craquelé car elle ne te laisse pas debout l'Aubépine, elle pousse sur ton dos et t'invite à t'asseoir pour filer la laine blanche des heures avec elle. Blanche aussi la brume qui monte et avale dans sa bouche lente les fenêtres dorées de ma maison lointaine. Es-tu…
Lire la suiteJe suis vieille ce matin, couchée dans l'ail des ours, sous les hêtres tranquilles. Je me frotte, je me roule, dans le parfum frais et joyeux, les feuilles lisses crissent doucement en offrant leurs arômes. Je respire à plein nez, les araignées mêlent leurs fils d'argent à mes cheveux lâchés. Je suis vieille, et libre, et malicieuse sous les éclaboussures du soleil de juin. Chaque jour, je trouve une nouvelle ride, un nouveau pli entre mes seins. Chaque jour Je déploie un peu plus Mes ailes froissées de papillon Chaque jour un peu plus légère Je me vois vieillir comme…
Lire la suiteMarcher sur le ciel, au milieu des étoiles. Connaître le velours grave de leur chant d'hiver. Il fait beau, le soleil étale voluptueusement ses fourrures d'ambre sur le monde. Marcher, les yeux éblouis de froid, l'esprit lentement lavé à chaque pas. Je ne sens plus le bout de mon nez, je ne sens plus l'étoffe lourde des inquiétudes. Ni la morsure aveugle des hommes. Juste la terre blanche qui clignote en glissant sous les skis, comme un poisson malicieux dans la paume de main, une écume dérobée. Marcher sur la mer, un peu... Il a neigé, et neigé encore. Sur…
Lire la suite Etre photographe, c'est s'intéresser aussi au sens profond de cet art qu'on a fait sien. Savoir pourquoi on fait les choses, la plupart du temps cela aide à mieux les faire! Par certains côtés, la photographie est une forme de témoignage, une manière d'attraper un instant éphémère, d'en fixer la réalité et l'intensité. L'instant passe, mais l'image reste et parle. Elle est la gardienne de nos mémoires et de nos moments de vie. L'éclaircie qui perce la brume, les premiers sourires de notre enfant, et aussi la douleur de la guerre, ou celle d'une forêt en flammes. Mais la…
Lire la suiteRetrouvez ici notre sélection Ecosse 2019, avec nos meilleures images prises l'automne passée dans les Highlands et sur l'île de Skye. Des tempêtes de lumière, des forêts éblouissantes comme des peintures, des landes frileuses balayées d'averses, et comme toujours quelques rencontres magiques avec les cerfs. Nous avons en écrivant ces mots une tendre pensée pour le formidable groupe qui a partagé ces moments avec nous l'an passé, l'Ecosse est une terre qui crée des liens forts entre les hommes. On pense aussi à ceux qui devaient venir cette année, avant l'annulation du séjour à cause du Covid.On espère que la…
Lire la suite Je ne sais pas à quel moment exactement Il s'est arrêté De battre Mon cœur. Peut-être lorsque j'ai commencé à creuser le trou, j'avais supplié la terre d'être douce, et elle s'est ouverte facilement, comme une bouche aimante lors d'un baiser. Elle s'est ouverte miraculeusement, la terre dure et rocailleuse de chez nous. Et c'était bon de creuser encore et encore, j'aurais pu continuer ainsi toujours. Et ne plus voir le reste. Le trou était bien trop grand pour le petit corps que j'ai déposé là. Je n'avais pas compris jusqu'à cet instant je crois, comme elle était devenue…
Lire la suiteJe me suis couchée là, dans les feuilles d'automne, Lovée en boule au milieu du taillis de hêtres, Je me suis couchée comme font les biches, Le sol lentement gratté, l'odeur de la terre, Cette couche vivante où des êtres microscopiques, secrètement, Recréent le monde, Au pied du vieux sorbier qui ensanglante le ciel. Je lui ai demandé de veiller sur moi - ainsi font les biches - Mais n'ai pas eu le temps d'entendre sa réponse. Je me suis laissée descendre comme une goutte de pluie Dans ce creux ourlé d'ombre Aux lèvres blondes de la clairière. Parfois J'ai…
Lire la suiteLa première heure, je la passe avec les sauterelles. Elles viennent, curieuses et légères, sur la couverture que j'ai étendue là, à la lisière de la clairière de Malatra. Elles grimpent sur mes mains. J'aime le pas des sauterelles. Ce n'est pas la caresse frissonnante et pressée des fourmis, c'est un peu plus rugueux, un peu plus saccadé, cela prend son temps, avec tout de même un brin d'appréhension. Dis-moi, as-tu déjà senti le baiser d'une sauterelle ? Ce pincement qui fait sursauter, mais qui n'est pas la douleur encore, et je bouge ma main soudain, quand elle colle sa bouche…
Lire la suiteLa cascade et le saule J'ai traversé la forêt sèche, aux silences suffoqués. As-tu vu les feuilles brunes ? Les entends-tu tomber Sur le chemin comme du papier froissé ? Ce serait beau, ces feuilles, si c'était l'automne. On est à peine au milieu de l'été. Les gens boivent à la terrasse ombragée du café. Ainsi font les hommes Tandis que les arbres lentement meurent. Et que les sources tarissent. As-tu déjà entendu le dernier souffle d'une source ? La dernière note, définitive, d'un requiem... Dans les maisons des riches et les bureaux on monte la clim, Les centrales nucléaires tournent à…
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