Archives de catégorie : Roue des saisons

Solstice d’hiver, pratiques et rituel

 

C’est une période à part, un peu magique, que l’être humain a célébrée depuis des milliers d’années: ce moment de bascule au coeur de l’hiver où les jours devenus très courts, commencent imperceptiblement à rallonger. Le temps s’arrête, comme entre deux respirations. Et dans cette suspension, il y a quelque chose de très fort, pour ceux qui veulent bien y prêter attention. Le solstice d’hiver est une grande fête du soleil, au coeur même de la nuit. Nos ancêtres partout dans le monde ont construit des monuments magnifiques pour honorer les cycles solaires et le retour de la lumière, ce moment unique du solstice d’hiver. Et ce n’est pas un hasard si la fête de Noël a été placée dans le calendrier quelques jours après le solstice, car on fête avec la naissance de Jésus le retour de la lumière et de l’espoir. D’ailleurs, le saviez-vous, Noël viendrait du gaulois Noio Hel, qui signifie « nouveau soleil ». C’est le moment des nouveaux départs et des renaissances! Des voeux et des espoirs. Des rêves et des projets. C’est le moment d’y croire à nouveau. 

Le solstice d’hiver, qui a lieu le 21 ou le 22 décembre selon les années, est aussi appelé Yule ou Alban Arthan. C’est un moment sacré depuis l’aube de l’humanité, un temps pour la quiétude, la réflexion, et le retour vers l’intériorité. Le solstice d’hiver marque le jour le plus court de l’année, le moment où l’obscurité semble remporter la victoire, juste avant la renaissance du soleil et le lent cheminement vers le retour de la lumière. La période de l’hiver peut parfois être difficile pour certains d’entre nous. Elle l’était en tout cas pour nos ancêtres, qui devaient faire face aux maladies et aux disettes. Le solstice leur rappelait, au coeur des ténèbres, que la lumière finirait par revenir. 

Et nous avons nous aussi besoin de nous en souvenir aujourd’hui, même si les défis que nous avons à relever sont très différents de ceux que les anciens ont traversés. 

La lumière est donc à l’honneur pour Yule, mais pas la lumière ivre et abondante de l’été. Ce que nous célébrons au solstice, c’est un minuscule souffle qui repart, une graine qui palpite dans le noir, une conception qui a lieu au plus profond de la nuit. Si vous souhaitez rencontrer l’énergie de ce moment, il faut aller la chercher dans le repos, l’hibernation, la paix, la lenteur, le rêve. Prendre le temps du silence, de la réflexion, du recueillement. Quitter un instant la frénésie des fêtes de fin d’année. Voici quelques pratiques pour vous connecter à la magie et à la douce puissance du solstice d’hiver:

Les jours qui précèdent le solstice

– Chaque soir, à partir du 1er décembre, ou à partir du moment que vous préférez, retirez-vous dans une pièce au calme, sans lumière. Prenez le temps de vous recentrer, puis allumez en conscience une bougie. Voyez comme sa lumière ténue vient apporter sa beauté et sa chaleur dans la pièce. Restez là le temps qui vous convient, en sentant comme cet instant de calme est précieux, et méditez sur tout ce que cette lumière évoque pour vous. Puis, soufflez la bougie en conscience.

-Essayez de vous coucher plus tôt le soir, et autorisez-vous plus de repos.

-Prenez du recul avec les écrans et la télévision, avec les news et les réseaux sociaux, et réfléchissez à des manières différentes de passer vos soirées: lecture, activités créatives, soirées contes avec vos proches… Réduisez l’éclairage dans vos maisons le soir, utilisez des lumières tamisées: cela va réduire les stimuli sur votre corps, vous détendre et vous préparer au sommeil. Et cela amène une ambiance plus douce et propice à la méditation. 

-Chaque soir, essayez de sortir un moment dans la nuit, même quelques minutes. C’est assez facile vu que le soleil se couche très tôt. Reliez-vous à la paix et au mystère de la nuit, de préférence en nature, ou dans votre jardin, ou dans un petit parc si vous êtes en ville. Observez le ciel, écoutez les sons de la nuit, sentez l’air froid, les odeurs de l’hiver…

Le soir du solstice

-Une très belle pratique venue des anciens celtes consiste à plonger toute la maison dans le noir ce soir là. Les habitants restent dans la nuit quelques minutes, en silence, en sentant l’énergie de cette obscurité, sa paix, et aussi toutes les émotions qu’elle fait naître. Puis on allume une grande bougie, qui symbolise la renaissance de la lumière. On peut faire une prière à ce moment-là, ou bien dire quelques mots sur le retour du soleil et de la lumière sur la terre et dans nos vies. Les anciens transportaient ensuite cette bougie dans chaque pièce de la maison et rallumaient les chandelles à cette flamme. Et chaque habitant de la maisonnée avait une bougie personnelle pour le solstice qu’il allumait ensuite à la grande bougie. C’est une pratique très belle, qui plaira aux grands et aux petits 🙂

-Pour la nuit de Yule, que le ciel soit constellé d’étoiles ou pluvieux, que l’air soit doux ou que le vent d’hiver rugisse, sortez dehors, si possible dans un coin de nature sauvage. Marchez dans la nuit à la frontale ou avec des torches, et reliez-vous à la magie de la nuit la plus longue de l’année, comme l’ont fait avant vous des millions d’êtres humains. 

-Faites un rituel pour vous relier encore plus profondément à l’énergie de ce moment, au sacré, à l’espoir du renouveau. Cf proposition ci-dessous

Rituel pour le solstice d’hiver

Vous pouvez faire ce rituel chez vous, seul ou en groupe, ou bien en nature. Nous faisons chaque année un rituel assez élaboré, en extérieur autour d’un feu. Nous partageons ici avec vous une version simplifiée et accessible aux personnes n’ayant jamais fait de rituel. Que vous soyez à l’intérieur ou dehors, prévoyez une source lumineuse naturelle: feu, bougies, lanternes… Prévoyez aussi de quoi écrire.

1/ Prenez le temps d’entrer dans le rituel: c’est un espace/temps à part. Dans le druidisme, nous traçons un cercle sacré, saluons les quatre directions, faisons des prières, des chants, afin de nous aider à laisser de côté les préoccupations du quotidien pour nous relier aux énergies de la Terre. Vous pouvez aussi tout simplement prendre un temps de silence, allumer de l’encens, chanter…

2/ Dans le silence toujours, ou alors en écoutant un morceau de musique qui vous inspire, ou de tambour chamanique, fermez les yeux, et laissez défiler les images de l’année écoulée, les bons moments, et les moins bons, les projets que vous aviez et qui ont été réalisés ou pas, vos réussites et les échecs. Revoyez l’année saison après saison, sans rien forcer, laissez juste venir les images, les mots ou les sensations.

3/ A la fin de cette méditation, prenez un moment pour laisser partir l’année écoulée: ces saisons sont maintenant derrière vous, que les expériences qui y sont liées aient été agréables ou non. C’est fini. Il faut que quelque chose se termine pour qu’autre chose puisse renaître. Dites adieu et laissez mourir ce qui doit mourir.

4/ Pour ce solstice d’hiver de 2020, qui a été une année pleine de bouleversements pour le monde et aussi souvent dans nos vies individuelles, on vous propose une petite pratique que nous ne faisons pas toujours, mais qui est merveilleuse pour transformer l’obscurité en lumière, et le plomb de nos expériences douloureuses en or. Faites la liste de vos réussites pour l’année écoulée. Pas les réussites financières ou les gratifications de l’égo. Mais plutôt les belles choses que vous avez réussi à accomplir, et qui ont apporté de la lumière en vous et autour de vous. Nous avons tous la mauvaise manie de nous souvenir prioritairement de nos échecs et de tout ce qui s’est mal passé dans nos vies. Avec cet exercice on fait l’inverse. Ecrivez tout ce qui vient, et si rien ne vient au départ, soyez patients et indulgents envers vous-mêmes. Un mot gentil qui a redonné le sourire à un voisin, c’est une réussite! Avoir traversé une période très difficile, une maladie, une séparation, un deuil, et être encore là, c’est une réussite! Avoir eu le courage d’une décision difficile, c’est une réussite! Il ne s’agit pas du tout ici de flatter notre ego, mais de prendre/reprendre conscience de notre pouvoir, au sens noble du terme. Notre pouvoir de réaliser de belles choses, pour nous et pour le monde, aussi minuscules soient-elles. Notre pouvoir de relever les défis que la vie nous envoie. Notre pouvoir de reconnaître nos erreurs et de les corriger. De donner une direction plus juste à notre vie. D’écouter l’appel de notre âme. C’est un exercice qui nous reconnecte à notre force intérieure et nous rappelle que nous pouvons naviguer même dans les tempêtes.

5/ Quand vous avez fini votre liste, prenez le temps de remercier pour l’énergie et le soutien qui vous ont été donnés et qui vous ont aidés à traverser l’année. Car, aussi fort qu’on puisse être, on n’avance jamais tout seul 😉

6/ Il est temps maintenant de vous tourner vers l’année à venir.  Après le bilan que vous venez de faire, comment avez-vous envie de rêver cette année? Reliez-vous à la lumière en plongeant votre regard dans le feu, ou dans la flamme d’une bougie, et laissez la danse de la lumière vous montrer le chemin. Ecoutez votre coeur. Où veut-il aller pour les mois à venir? Qu’est-ce qui est vraiment important pour vous? Que vous murmure votre âme? Restez le temps qu’il faut avec ces questions. Les réponses peuvent venir sur le coup, ou quelques jours après, et tout est juste.

7/ Lorsque vous aurez trouvé les réponses, retenez trois intentions, trois directions pour l’année à venir, et écrivez-les en double exemplaire sur deux morceaux de papiers. L’un des morceaux de papiers sera conservé pendant toute l’année, et vous pourrez le relire quand vous sentirez qu’il vous faut garder votre cap. L’autre morceau de papier sera confié à la Terre, qui en sera la gardienne. Le soir-même après le rituel, ou le lendemain, allez enterrer ces intentions dans un lieu qui fait sens pour vous, et demandez à la terre de veiller sur elles. Vous pouvez aussi les confier au feu, ou au vent en les accrochant à un arbre, comme on le fait avec les drapeaux de prières. Faites ce qui vous inspire. Le plus important avec les rituels, c’est qu’ils parlent notre langage 😉

8/ Pour terminer le rituel, prenez un moment pour remercier la terre, la vie, Dieu ou les dieux, le soleil qui renaît, les esprits du lieu qui vous a accueilli, bref, ce qui vous parle à vous. Et en éteignant le feu ou les bougies, demandez que l’ énergie de ce moment sacré vienne nourrir le monde. Ou envoyez l’énergie du rituel à un être ou un groupe d’êtres qui en auraient besoin. 

Nous vous souhaitons un heureux solstice d’hiver!

Que la paix, la sagesse et la joie fleurissent sous chacun de vos pas pour le nouveau cycle à venir  🙂

 

 

 

Samhain

Samhain: le portail de l’ombre 

La fin de l’automne est une porte d’entrée dans l’hiver, les anciens celtes l’appelaient Samhain: c’était une grande fête sacrée, qui avait lieu autour du 31 octobre: les hommes se préparaient, comme le fait depuis toujours la nature, à la grande traversée obscure et au temps du repos. Cette sagesse des cycles, nous nous en sommes bien souvent éloignés, et pourtant elle est riche d’enseignements, d’équilibre, d’harmonie et de guérison. Les arbres laissent mourir leurs feuilles à l’automne, les tempêtes arrachent les vieilles branches, la terre s’endort et ralentit, et nous sommes invités à entrer dans cette danse de l’ombre, à ralentir nous aussi, à revenir à l’intérieur, au silence. Et à laisser mourir ce qui nous pèse, ce qui ne nous est plus utile. Faire le vide, pour plus tard laisser de la place au nouveau: c’est ainsi que fonctionne la vie: la mort fait partie de son cycle éternel, elle est honorée et célébrée car elle est toujours suivie d’une renaissance. Cette période est le moment de réfléchir à ce qui dans nos vies doit mourir: parfois c’est un emploi qui ne nous convient plus, une relation qui nous fait souffrir, une douleur trop longtemps portée. Parfois c’est aussi le moment de faire le deuil de ce que nous avons perdu pour avancer de nouveau. Ou d’une période de notre vie qui s’achève. 

En Ecosse, il y a des tas d’histoires sur une très vieille déesse, qui est la gardienne de Samhain et de cette période hivernale. On l’appelle la Cailleach. Nous lui avons consacré une grande et belle exposition en 2019, qui recommencera à tourner en France dès que cela sera à nouveau possible.

Qui est-elle exactement, cette Cailleach au nom barbare, venue du fond des âges, et qui se tient à la porte de Samhain?

Elle est la voilée, la sombre, la mystérieuse. Elle est vieille, aussi vieille que la terre. Elle en est la gardienne farouche et solitaire. On la dit très laide et effrayante: Sa peau bleue nuit est sillonnée de rides, son oeil unique perce tous les secrets, ses dents gâtées sont tachées de lignes rouges, ses cheveux blancs s’enroulent autour des branches et les couvrent de glace. Chaque année elle renaît au moment où le monde se prépare à mourir, car elle préside au royaume de l’ombre. Elle inquiète et fascine les hommes. Mais ceux qui savent, ceux qui voient par-delà les rideaux de pluie, connaissent la promesse de sa lumière. La Cailleach réveille notre sagesse et notre courage,  celui qui accepte de la regarder en face, il pourra découvrir la vérité sous les voiles. Elle est la Cailleach Bheur, l’une des plus anciennes déesses celtes, elle est déesse mère, celle qui a créé les innombrables montagnes d’Ecosse, et que le rêveur peut encore apercevoir, les soirs d’automne, bondir de sommet en sommet. C’est elle encore qui souffle les tempêtes, protège les animaux sauvages dans les forêts, étale ses voiles blancs sur les pics des montagnes, et fait fleurir le givre sur les herbes fanées. 

 Quand nous marchons à la saison dorée sur les landes écossaises, au moment de la fête de Samhain, toujours elle nous accompagne : elle hurle sa renaissance avec le vent, danse dans les pluies de lumière, et chaque loch, quand il reflète le ciel tourmenté, se souvient de son oeil unique. Lorsque le cerf brame son cri rauque, c’est elle qui rit son long rire de nuit. 

Ceux qui sont déjà venus en Ecosse avec nous connaissent la Cailleach, Sandrine ne manque jamais d’en parler, de raconter une des innombrables légendes qui l’évoquent, ou de lire un poème qu’elle a écrit sur la vieille, très vieille déesse, qui tient la main de ceux qui traversent l’ombre. Vous pourrez retrouver ci-dessous l’un de ces textes écrits en Ecosse et inspiré par l’esprit de Samhain.

SAMHAIN

Samhain, Oh ma saison de nuit, de mystère, de sauvages silences… 

Octobre s’évanouit dans un râle, et je retrouve la lande âpre et les sentiers boueux. 

J’ai laissé mes fardeaux derrière moi et je marche d’un pas heureux sous le ciel gris, les paysages glissent, les falaises surgissent et disparaissent. Le monde passe. La chanson des cascades. Le frisson sur la peau mouillée. Les rideaux de pluie lentement descendus sur les tourbières. La pluie ici n’est jamais triste et morne. Toujours elle est soufflée d’espérance, ourlée de lumière. Comme la Cailleach qui rit à l’ombre de ses voiles. Elle court et déjà s’évanouit, dans un murmure de robe de soie. 

 

Samhain, Oh ma saison vulnérable et puissante, tes larmes lavent les âmes trébuchées. Les rayons du soleil s’abattent sur les reliefs comme des flèches, découpant les lignes acérées, ouvrant des blessures sombres dans les plis des roches de basalte. Des trouées où l’on a envie de poser doucement la main, comme sur le flanc d’un animal frémissant. Elles sont bonnes mes mains quand elles se posent ainsi, pâles sur la pierre noire, et que déjà elles racontent la guérison. La confiance par-delà les yeux brouillés.

 

Samhain, Oh mon tendre crépuscule, aux mondes fondus nos différences évanouies. Je regarde venir le repos de la Terre, elle palpite sous la lumière, géant couché mais vibrant encore, les yeux limpides de ses lochs ouverts sur les ciels d’argent. Je m’ assois et me laisse endormir avec elle, tranquille sur la lande ruisselante, mon souffle noyé aux vents de pourpre et d’or. Prête pour la longue nuit d’hiver. La traversée obscure qui ne se refuse pas. J’ai un peu peur derrière mon courage… Mais tu vois, Samhain, je suis là.