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Comme font les biches…

Je me suis couchée là, dans les feuilles d’automne,

Lovée en boule au milieu du taillis de hêtres,

Je me suis couchée comme font les biches,

Le sol lentement gratté, l’odeur de la terre,

Cette couche vivante où des êtres microscopiques, secrètement,

Recréent le monde,

Au pied du vieux sorbier qui ensanglante le ciel.

Je lui ai demandé de veiller sur moi – ainsi font les biches –

Mais n’ai pas eu le temps d’entendre sa réponse.

Je me suis laissée descendre comme une goutte de pluie

Dans ce creux ourlé d’ombre

Aux lèvres blondes de la clairière. Parfois

J’ai envie de bâtir des murailles de pierre

Alors qu’il suffit

D’un fourré léger et tranquille, où les mouches,

En noires armures, tournent.

J’ai dormi, confiante et vulnérable,

Comme font les biches.

J’ai goûté leur sommeil aux bras bruns de la terre.

Je les ai suivies à la lisière des mondes,

Tissant mes rêves au cri du pic noir,

Au parfum de l’humus, aux soubresauts

Du soleil de dix heures.

J’ai tiré sur moi la couverture des feuilles tintantes,

Des faînes poilues et du vent de septembre.

Je n’ai pas eu froid. Je n’ai pas eu peur, même quand

La terre a tremblé sous le sanglier.

Un lièvre, dans un cercle à côté s’est couché.

J’ai deviné les herbes sifflées aux flancs âcres du renard.

Et cru entendre le loup gris qui vit ici

Me regarder de ses yeux de silence.

Juste quand j’allais me réveiller, le pigeon ramier a murmuré

Sa berceuse rassurante

Prends ton temps je suis là, prends ton temps ça ira.

Alors

J’ai glissé ma main dans le drap doux des feuilles,

Bougé un peu dans ma couche chantante

Comme font les biches,

Et, doucement,

Commencé à lécher

Le sang de mes plaies.

Stages photo de l’été

Un petit retour en images de nos stages photo de l’été 2020…

Nous avons eu l’immense bonheur de pouvoir assurer nos deux stages de cet été, l’occasion de faire de jolies rencontres ou retrouvailles avec des personnes aussi enthousiastes qu’intéressantes, et de partager ensemble des instants précieux dans la nature. Des lumières comme des miracles, de belles rencontres animalières, d’intenses moments de connexion au sauvage, des échanges pleins de sens…  Les stages photo parfois ont un vrai pouvoir thérapeutique: chacun y amène le meilleur de lui-même, on se laisse toucher par les sensibilités uniques qui se dévoilent, on rit, on s’extasie ensemble, on savoure les silences, et quand nous retournons vers nos quotidiens, qui sont souvent tellement différents, nous gardons en nous, comme un trésor, cette certitude que l’humanité peut être belle et sage, et que tous les espoirs sont encore possibles. Alors merci, merci, merci pour ce que vous êtes et ce que vous partagez!!!

Brame du cerf

Petits conseils pour bien photographier le brame du cerf

Voici le retour de l’automne. Dans les forêts de cuivre et d’or, les cerfs recommencent, peu à peu, à chanter leur râle rauque. C’est la saison des amours ! Des amours qui, ces dernières années sont devenues de plus en plus prisées. Le brame du cerf est à la mode 😉

Dans les forêts de cuivre et d’or, on trouve maintenant plus d’êtres humains que de cerfs, et forcément, ça soulève des problèmes.

D’abord il y a les photographes qui photographient à l’approche. Ils se déplacent dans les bois en s’orientant aux appels profonds qui font trembler la terre. Qui remuent le ventre. Dans leur tenue de camouflage, qu’ils ont achetée une fortune sur un site spécialisé, ils se disent que forcément, on ne les verra pas. Les cerfs les entendent à des centaines de mètres, et ils sentent l’humain à plein nez, à plein muffle devrais-je dire. Ils détectent le moindre petit mouvement entre les troncs. Ces visiteurs bruyants, et facilement repérables, chez nous, on les appelle les gugus. Ceux qui débarquent pour le brame sur leur jour de congé, avec une journée, ou au mieux un week-end, pour revenir avec la photo du siècle, la même que celle qu’ils ont vue passer hier sur instagram. Les gugus n’ont pas de temps à perdre en affût, en longues attentes improbables, en repérages ingrats. Ils sont pressés. Ils veulent leur image comme d’autres leur trophée. Les gugus arrivent parfois avec un appareil photo compact. Et parfois avec des boîtiers et objectifs qui représentent des mois de salaire. Ils sont jeunes ou vieux, femmes ou hommes. Et pour tout vous dire, je crois bien que chacun de nous a, au moins une fois dans sa vie, été un gugus. Quand le gugus passe, les cerfs sont dérangés et fuient à toutes pattes, les biches, qui ne sont fécondes que quelques heures pendant la saison de brame, regardent partir l’occasion. Ces pauvres bêtes, qui passent déjà leur vie dans la peur, poursuivies par les balles des chasseurs et les crocs des chiens furieux, ont a subir un stress supplémentaire. Et les photographes sérieux, qui attendent depuis l’aube dans leur affût humide, ont des envies de meurtre. Tout ça pour une image ?

Mais la photographie animalière, qu’on se le dise une bonne fois pour toute, c’est un sacerdoce ! On s’y voue corps et âme. On sait qu’il faut des années de repérages, d’écoute et d’affûts sans succès, pour connaître les coins. Des nuits courtes, des repas pris à la va-vite. Et ensuite des heures, des jours d’attente, dans l’inconfort et l’immobilité, pour entrevoir peut-être un animal qui passe. On ne doit jamais aller à la rencontre des animaux comme un consommateur ; en photo animalière, on doit apprendre à être un mendiant. Avec une humilité totale. Avec patience. Amour. Respect. Toujours se poser la question : est-ce que je risque de déranger là, si je fais ça ? Dans les forêts de cuivre et d’or, les photographes que l’on trouve se posent peu de questions et sont rarement des mendiants…

Il y a bien entendu d’autres options, on vous entend déjà y penser, derrière votre écran. On peut payer un photographe aguerri, un naturaliste passionné, un accompagnateur qui connaît bien les lieux, un de ces prêtres des animaux sauvages, qui vivent dans leur intimité et savent leurs secrets. Il nous emmènera au bon coin, et nous pourrons l’avoir notre photo du siècle, tu sais la même que…. oui je sais je sais… Chaque année nous avons des personnes qui nous demandent un stage brame du cerf sur le Vercors, et qui sont prêts à payer des tarifs tels que nous sentons soudain deux petites cornes diaboliques pousser sur chaque côté de notre front. Elles ont une voix suave et convaincante, ces cornes, et elles répètent en boucle « dis oui, y a une fortune à se faire là ! oh dis oui ! »

On dit non. Jusqu’à présent on a toujours réussi à dire non. Et tant pis pour les factures qu’on a du mal à payer. Dans certains stages, on amène les gens voir les marmottes et les bouquetins, qui ne sont pas chassés, et qui nous laissent les approcher sans inquiétude. Mais les espèces sensibles au dérangement et qui subissent déjà une grosse pression à cause de la chasse, on leur fout la paix, surtout pendant leur saison de reproduction, on n’a pas envie d’en rajouter une couche supplémentaire.

Et là, on a envie de s’adresser à nos collègues photographes animaliers, naturalistes, accompagnateurs en montagne. On sait bien que c’est dur d’en vivre, on a les mêmes challenges que vous, et on a souvent discuté ensemble avec ce questionnement : faut-il proposer des sorties animalières à nos clients ? Leur vendre ces coins précieux que nous avons mis des années à repérer ? Leur offrir le trophée tant recherché contre quelques centaines d’euros ? Leur montrer, à ces inconnus dont on ne sait rien, sinon qu’ils ont de quoi payer, la place de brame, le terrier de renard, l’aire de tétra lyre, le nid de chouette ? C’est une chose de partager ça avec un bon ami, c’en est une autre d’en faire son business. Un jour sur une expo, un ami photographe qui se reconnaîtra peut-être nous avait dit : « j’ai l’impression d’avoir vendu mon âme au diable. » Et le diable, un arrogant fortuné et sans scrupule, et qui se foutait bien de déranger les oiseaux, avait rentré les coordonnées GPS du lieu où nichaient des chevêchettes, avec la ferme intention d’y revenir jusqu’à ce qu’il ait réussi à l’avoir, la fameuse photo, tu sais celle sur facebook… oui je sais je sais… Il en a même fait une expo…

Et en même temps, on ne peut pas leur en vouloir à ces clients qui sont prêts à payer des fortunes pour tenir entre leurs mains le Saint Graal. On ne peut pas leur dire : on t’emmène, tu y goûtes, et après tu ne reviens jamais ici. Tu ne fais pas d’expos avec. Tu te tais, tu oublies. On peut éventuellement leur bander les yeux, pour qu’ils ne puissent pas retrouver le chemin du lieu sacré, mais c’est pas très pratique pour la photo, et il y a un sérieux risque d’entorse. Ou les faire disparaître une fois qu’on a fait le boulot, c’est radical certes, mais au passage ça supprime le risque d’entorse. Les forêts de cuivre et d’or seront peut-être un jour creusées de tombes mystérieuses 😉

Soyons un peu sérieux, la plupart des clients, les nôtres en tout cas, sont des gens chouettes, des vrais amoureux de nature, des personnes respectueuses. Mais tous ne sont pas comme ça, on le sait bien. Quand on propose un stage photo, et qu’on le met en ligne, accessible à chacun, on ne peut pas trier sur le volet. On prend ceux qui viennent. Et si le diable est dans la liste d’inscrits ?…

 

Peut-être y aurait-il d’autres manières de faire ? Nous posons la question… Mais même dans ce cas, avec les offres de stages photo qui se multiplient partout et la demande de plus en plus forte, ça pose des problèmes. S’il y a un photographe qui emmène 3 personnes faire le brame, c’est déjà compliqué, mais s’il y a 3 ou 4 photographes qui font la même chose dans le même coin ? Chez nous sur le Vercors, entre les stages brame, les balades brame, les rando brame, les bivouac brame, ça devient vraiment tendu. Répétons-le encore une fois, il s’agit de la période de reproduction, c’est pas rien, c’est l’avenir de la harde qui se joue ici. Et dans les secteurs « populaires », le comportement des cerfs et biches a vraiment changé depuis dix ans que nous les photographions.

Beaucoup de copains photographes, quand on aborde ce sujet, nous répondent de manière très pragmatique : les autres le font, si je ne le fais pas, ça ne s’arrêtera pas pour autant, et un autre aura la part du gâteau à ma place. Bien des horreurs se sont justifiées au cours des siècles avec cet argument. Et si notre monde est dans cette merde c’est parce qu’on n’arrête pas de se dire ça, les autres le font… Les autres traversent le monde en avion pour photographier des ours polaires ou des manchots. Les autres proposent des prestations et des séjours de plus en plus spectaculaires, et de plus en plus loin, des ours et des loups en Slovénie, en veux-tu en voilà, des safaris, des prises de vues en hélicoptère, des traversées en quad, y a qu’à taper sur google et la nature entière est à vous ! Les autres le font, plein d’autres. Bah nous, on le fait pas. Voilà. Comme quoi c’est possible. On ne rajoute pas une pression supplémentaire sur la faune sauvage, ici ou ailleurs, qui morfle déjà bien assez. On évite de trop gonfler le bilan carbone planétaire. De rentrer dans cette course folle du toujours plus et toujours plus loin. On est trop nombreux sur terre, et le monde sauvage se rétrécit de plus en plus, on ne peut pas se permettre de rajouter ces pressions supplémentaires. On ne peut plus se comporter comme si on était seuls à habiter la terre, à faire de la photo, à proposer des séjours. Et puis, entre nous soit dit, payer un photographe pour aller photographier les cerfs, c’est comme acheter ses girolles au supermarché : il manque le plus important, ce qui donne sa saveur à la chose : la quête sous les arbres silencieux, l’espoir des petits matins pluvieux, le miracle de la patience récompensée.

On a bien conscience, avec cet article, de mettre, de manière un peu brutale, les pieds dans le plat du business de la photo animalière. Du business de la photo tout court. Mais voilà, on n’aime pas ce que la photographie de nature est en train de devenir, on refuse cette manière consumériste d’aller vers les animaux sauvages. D’exploiter la vie pour se faire de l’argent dessus. Ou juste pour avoir une belle image et sentir gonfler son ego.

Depuis plus de dix ans nous essayons de marcher sur une autre voie, un autre rapport à la nature. Où la photographie est une manière de rencontrer le monde, avec une tendresse curieuse et pleine de respect. Où l’on ne se contente pas de photographier, où l’on apprend à voir. Une manière aussi de se relier et se suffire à soi-même, sans nourrir l’ego démesuré et son éternel besoin de reconnaissance. Dans notre vision de la photographie de nature, c’est d’abord la nature. Et ensuite la photo. Alors oui, nos conseils pour le brame du cerf ne sont certainement pas ce que vous attendiez. Mais nous espérons qu’ils parleront tout de même à votre cœur et à votre bon sens.

Et pour terminer, une petite liste de conseils faciles à appliquer pour profiter de ces moments magiques sans porter préjudice à la faune sauvage.

  • Primum non nocere. En premier, ne pas nuire. Ce précepte, qui vient de l’antiquité, est aujourd’hui encore le premier qu’apprennent les étudiants en médecine. Posez-vous toujours la question : est-ce que ce que je m’apprête à faire là risque de nuire aux animaux que je suis venu rencontrer ? Si la réponse est oui, abstenez-vous.

  • Acceptez une fois pour toute que vous ne ferez pas de belles photos animalières sans vous donner du mal, et sans vous laisser le temps pour cela. Si vous n’avez pas le temps, ou pas l’énergie, contentez-vous de vous asseoir en bordure d’un chemin, ou faites un affût sans vous mettre la pression, et écoutez la magie du brame. Les oiseaux qui chantent. Le vent dans les feuilles. Ecouter c’est aussi fabuleux que de voir. Et infiniment ressourçant. Laissez tomber toutes vos attentes, savourez juste le fait d’y être, là, maintenant. Et si un animal vous fait le cadeau de sa présence, prenez-le comme un miracle.

  • Interrogez-vous sur vos motivations profondes à faire de la photographie animalière : qu’est-ce que je fiche ici ? Est une très bonne question à se poser. 1/ Est-ce que je suis là pour savourer les couleurs, la brise fraîche d’automne, le miracle d’une rencontre animalière ? Parce que ce silence et cette solitude me font vraiment du bien ? 2/ Est-ce que je viens pour ramener une belle image ? pour avoir quelque chose à montrer au club photo  ou à poster sur facebook? Pour un projet de livre ou d’expo ? Entre 1/ et 2/ à votre avis, lequel fera le moins de conneries ? Lequel sera le plus heureux ? 😉

  • Photographiez toujours les cerfs et les biches en affût, jamais à l’approche. L’approche dérange beaucoup plus, et maintenant qu’il y a de plus en plus de monde dans les forêts pour écouter, photographier ou observer les cerfs pendant le brame, l’approche est tout bonnement une aberration. Même une approche faite dans les règles de l’art et avec des précautions infinies, s’il y a 50 personnes qui font ça dans un coin, c’est la zizanie. Les affûts volants, qui sont une forme d’approche déguisée, sont tout aussi nuisibles. Si vous ne supportez pas de rester en affût, si ça vous fait mal au dos, si ça vous ennuie… oubliez la photo animalière;-)

  • Installez-vous en affût avant le lever du jour le matin, et quittez l’affût après midi lorsque les cervidés font la sieste. Entre temps, ne vous déplacez pas, restez silencieux et immobile, comme le tronc d’un arbre. Pour le soir, arrivez en milieu d’après-midi, quand les bêtes sont en train de se reposer. Et ne quittez l’affût de nuit que lorsque les cerfs ont déserté la place.

  • Photographiez avec une housse anti-bruit, afin que vos déclenchements ne soient pas entendus. Ou au pire avec une grosse écharpe en polaire enroulée autour du boîtier et de l’objectif. Ne photographiez pas les animaux s’ils sont trop près de vous et qu’ils risquent d’entendre le déclenchement. Contentez-vous à ce moment là de savourer cette proximité qui est un fabuleux cadeau ! Cessez de photographier si l’animal montre un signe d’inquiétude. Oubliez le mode rafale.

  • Il y a un gros business autour de la photographie animalière, avec des tas de vêtements spécialisés, des tas d’accessoires, du matériel photo hors de prix. Ne tombez pas dans le piège de la consommation à outrance. Des vêtements aux couleurs neutres qui rappellent les lieux où vous affûtez, achetés d’occasion c’est encore mieux, ou au surplus militaire. Des tenues chaudes, en laine de préférence car c’est bien pour les odeurs. Mais restez simples. Le plus important est d’être immobile et silencieux. Si vous portez une guillie et que vous parcourez la forêt avec, on ne verra et on n’entendra que vous ! Et les cerfs, qui vous montreront leur cul en prenant la fuite, soupireront, « et zut, encore un gugus, y en a de plus en plus dans cette forêt, faudrait peut-être les réguler un peu non ? »

Vous trouverez dans les magazines spécialisés des tas d’articles qui vous donneront des tas de conseils plus « techniques ». Vous l’avez compris, malgré le titre alléchant (et oui, on a été un peu coquins), ce n’est pas le sujet ici. Si vous suivez nos conseils, vous aurez peut-être la chance de faire une belle rencontre, mais rien n’est garanti. Jamais. C’est pour ça que c’est si beau. C’est là qu’est la magie. Et ce qui est certain en tout cas, c’est qu’avec un peu plus de respect et de bon sens de notre part à tous, les cerfs et biches seront plus heureux et tranquilles, cachés dans les forêts de cuivre et d’or. Et si vraiment nous aimons la nature, vous devons savoir que c’est ça le plus important, non ?

Et surtout, s’il vous plaît, s’il vous plaît, ne soyez pas des gugus ! On compte sur vous. Et les cerfs aussi 😉

La sagesse des sauterelles

La première heure, je la passe avec les sauterelles. Elles viennent, curieuses et légères, sur la couverture que j’ai étendue là, à la lisière de la clairière de Malatra. Elles grimpent sur mes mains. J’aime le pas des sauterelles. Ce n’est pas la caresse frissonnante et pressée des fourmis, c’est un peu plus rugueux, un peu plus saccadé, cela prend son temps, avec tout de même un brin d’appréhension. Dis-moi, as-tu déjà senti le baiser d’une sauterelle ? Ce pincement qui fait sursauter, mais qui n’est pas la douleur encore, et je bouge ma main soudain, quand elle colle sa bouche étrange à ma peau. La voici qui s’envole affolée, je me confonds en excuses et je ris. C’est bon de rire, ça faisait longtemps je crois.

Les sauterelles d’ici ne sont pas farouches et pardonnent facilement. Elles reviennent sur le doigt plein de promesses que je leur tends, je les laisse m’explorer. Parfois je m’assoupis, bercée par la chanson du vent dans les feuilles et les derniers brames rauques des cerfs fatigués. Les cerfs… je les ai espérés, tapie dans l’ombre de l’affût, des jours durant, aux petits matins frileux, aux soirs de mélancolie rose. J’ai attendu, humble mendiante de leur passage rayonnant, grisée de leurs parfums âcres, tous mes sens aiguisés comme une douleur. Ils sont venus parfois, quelques secondes offertes, une pièce d’ or jetée à mon épuisement. Et le reste du temps, juste la chute assourdissante de chaque feuille brune que j’entends se détacher de l’arbre et frapper le sol comme une explosion. Et aussi le vent du Nord dans l’herbe fanée des clairières. Je l’aime bien, le vent du Nord. Il n’est pas lunatique comme celui du Sud, il souffle sa fraîcheur raisonnable sur mes brûlures d’espoir.

Avec les sauterelles, il n’y a rien à espérer. C’est reposant. Elles ne cessent pas leur exploration, et je me demande comment c’est ma peau, sous leurs pattes sèches et leurs yeux étranges. J’aime bien les questions qui ne servent à rien vois-tu. Et le temps qui passe. Et le vent qui souffle.

J’ai sorti mon carnet, elles sont toujours là. J’aide celle-ci, toute verte, à grimper sur mon stylo, et nous écrivons ensemble le délicieux vide d’ici. Des ombres dansent sur les troncs des hêtres. J’aime le gris-bleu de leur écorce mangée de lichens. J’aime être là et ne rien faire. Et bâiller. Et sentir cette larme au creux de mon œil, surprise de retrouver la vie. La paresse est mal vue en ces temps affairés, elle ralentit la sacro-sainte croissance. Chacun se doit d’être efficace et vaque, bien sérieusement, à ses occupations. On pianote, on répond aux mails, aux ordres, au téléphone, on avale les rêves qu’on nous vend, et les pilules pour dormir. Je sais bien tout cela, mais je me laisse avoir, encore, parfois. Ne surtout pas passer pour un parasite. Dis-moi, les sauterelles sont-elles des parasites ? Elles flânent depuis plus d’une heure sur ma main, et, en frottant leurs ailes de dentelle, elles font rimer paresse avec

caresse

sagesse

tendresse

et aussi fesses !

Mais c’est juste pour entendre mon rire, encore, encore, rebondir aux troncs bleus des hêtres, encore, encore jusqu’aux princes enroués cachés dans la forêt.

la cascade et le saule

La cascade et le saule

 

J’ai traversé la forêt sèche, aux silences suffoqués. As-tu vu les feuilles brunes ?

Les entends-tu tomber 

Sur le chemin comme du papier froissé ?

Ce serait beau, ces feuilles, si c’était l’automne.

On est à peine au milieu de l’été.

Les gens boivent à la terrasse ombragée du café.

Ainsi font les hommes

Tandis que les arbres lentement meurent.

Et que les sources tarissent. As-tu déjà entendu le dernier souffle d’une source ?

La dernière note, définitive, d’un requiem…

Dans les maisons des riches et les bureaux on monte la clim,

Les centrales nucléaires tournent à plein régime

Et recrachent leurs eaux brûlantes

Aux rivières épuisées où flottent des poissons gris

Dont personne ne se soucie.

Et, partout, les usines font bouillir la planète

Continuant, inlassablement, d’envoyer leur haleine

Bruyante au firmament.

Mes yeux piquent, je suis allée à la cascade.

Elle laisse couler, encore,

Sur son grand ventre de mousse verte

Un sillon blanc d’espoir écumant.

Le saule d’argent qui la garde

Enfonce ses racines souples dans la roche.

Des libellules tatouent des spirales bleues sur le ciel tremblant de la canicule.

Tout est beau, tellement,

Que je me suis mise à pleurer.

J’ai mis mes mains dans l’eau glacée

Fait une prière pour que la pluie arrive

Et pour que mon cœur ne devienne pas sec,

Je n’aime pas ces fissures de colère

Qui grandissent là, les sens-tu toi aussi ?

Une prière au saule, pour qu’il m’apprenne à danser

Avec ce monde brûlant, ce monde aveugle,

Qui mène sa gigue endiablée

Dans les feuilles mortes de l’été

Et s’offre une dernière bière au bord du précipice.

Une prière aux libellules bleues

Pour qu’elles rattrapent ma joie envolée

Ma foi trébuchée.

Dis-moi, toi qui écoute, les aurais-tu

Par hasard

Croisées ?

Aulne et Ogham

FEARN, L’AULNE DE L’OGHAM

Les arbres ont une âme qui parfois se montre à ceux qui prennent le temps d’écouter… Cette photo, en pose longue, a été prise dans une forêt d’aulnes en Ecosse, l’automne dernier. Un moment vraiment mystique, la rivière n’est pas loin, on l’entend chanter doucement. Et aussi le vent dans les feuilles. Avec Matt, nous marchons en silence sur le petit sentier au milieu des arbres. Non loin d’ici se trouve un cimetière qui abriterait un très ancien sanctuaire dédié à la déesse Brighid, j’avais très envie de m’y rendre, et le chemin passe par ce bois un peu étrange. Dans une ouverture marécageuse où la rivière vient parfois déborder, on rencontre ce vieil aulne, avec ses deux grosses branches levées vers le ciel comme des bras, et son tronc bossu. La plupart des noms d’arbres en français sont du genre masculin: un hêtre, un chêne, un bouleau, un aulne… Le mot arbre lui-même est masculin. Et pourtant, souvent, dans mes contacts avec les arbres, je sens que certains sont profondément féminins, et, dans l’ogham celte, l’alphabet magique des druides, plusieurs arbres ont des énergies vraiment féminines, comme le bouleau ou le saule. Je me suis souvent interrogée pour l’aulne, qui pousse au bord de l’eau… jusqu’à ce matin en Ecosse. 

Voici une aulne. Elle danse au milieu des herbes jaunies. Voici une déesse arbre, solide et forte, elle garde la rivière et ce côté de la rive où se trouve le vieux sanctuaire. Elle se tient au seuil des mondes. Les aulnes enfoncent leurs racines dans l’eau, ils ont les pieds dans le Sidh, l’autre monde des celtes qui s’étale derrière les voiles. Ils nous montrent le chemin de l’invisible, la porte de l’âme. Dans l’Ogham celte, Fearn, l’Aulne, est la passerelle entre les mondes, il évoque la protection et la guidance des dieux. Les racines d’aulne renforcent et stabilisent les berges des rivières, son bois est utilisé comme pilier pour les ponts, car il est imputrescible. La cité de Venise est toute entière construite sur des fondations en aulne, et, pendant un instant, j’imagine des déesses aulnes portant la ville de leurs bras sombres et mouillés! C’est un arbre qui parle de l’invisible, mais aussi de résistance, et de ténacité. De vie et de mort. Son bois rouge qui semble saigner quand on le coupe, était associé par les anciens à la mort et aux sorcières. Celle-ci qui danse dans la brise pourrait bien en être une, avec ces deux bosses sur le tronc solide, qui lui font comme deux seins, et les deux creux plus haut sont ses yeux d’ombre. Elle me raconte en silence les mystères du monde. Il n’y a qu’à s’asseoir et écouter. Nous restons un long moment avec elle, dans le murmure de la lente rivière, et des voix qui chantent derrière le voile… 

La médecine des aspérules

De retour de la forêt enchantée, nous partageons avec vous l’une de ses précieuses leçons…

Dans la forêt enchantée poussent les aspérules

Je vais pieds nus au milieu d’elles

Blanches délicates au parfum silencieux

Et les calaments des bois, froissés sous mes genoux

Sentent doucement la menthe quand

Je m’assois pour la cueillette.

Les fleurs minuscules des aspérules lèchent le soleil

Qui s’étale en flaques mouvantes sous les vieux hêtres. Je cueille lentement, en murmurant une berceuse, je coupe la tige sous le cercle des sept feuilles pointues qui fait comme une coupe sous la fleur. J’y laisserais bien mon cœur pour quelques saisons. Blotti là, dans l’ombre pailletée de la forêt ancienne. Nourri des rayons blonds et des averses tièdes. Battant au rythme des longues tiges vertes. Et rien d’autre. Que me faut-il de plus ? Depuis plusieurs nuits je dors à la lisière des bois. Je me lave à l’eau de la source. Je mange les légumes que j’ai apportés mélangés aux pâtes et aux herbes sauvages. Mon seul luxe est la bière ouverte tous les soirs devant le soleil qui se couche, et partagée avec mon bien-aimé. Je fais la sieste au soleil des clairières, et je marche parmi les tapis d’aspérules. Dans la forêt enchantée, la vie est simple et précieuse. Chaque fleur cueillie est sacrée.

Sacrée aussi la rosée du matin, la biche que je regarde passer. Les appels du pic noir coulés comme des sanglots aux cimes secrètes des arbres. Sacrée la tique qui grimpe le long de ma jambe. Je la prends doucement et la dépose ailleurs. Je me souviens

Qu’elle était ici avant moi

Et qu’elle garde le temple tout comme

Les blanches fleurs, menues et discrètes, qui frôlent mes chevilles.

Je leur laisse

Une poignée d’herbes séchées venues de mon jardin,

Une offrande

Pour que l’équilibre soit maintenu,

Que celui qui offre soit remercié,

Que celui qui reçoit donne en retour.

Dans la forêt enchantée il y a des lois anciennes et sages, les hommes les ont perdues parfois,

Mais elles restent écrites aux racines des arbres,

Aux infimes filaments de mycellium qui, depuis toujours,

Donnent et reçoivent

Et s’étreignent dans l’obscurité de l’humus.

Je le sens si fort, là, dans l’auréole dressée du soleil de juin,

Ce lien, cet équilibre sacré. Le bouquet de fleurs porté à mes lèvres

Me le murmure encore. Que me faut-il de plus ?

Les blanches aspérules au parfum silencieux

Gardent le mystère de ces lois sacrées.

En séchant elles soupirent une odeur divine et sucrée

Un parfum enchanté.

Quand j’aurai quitté la forêt ancienne

Pour marcher à nouveau sur la fêlure du monde

Elles seront avec moi

Elles raconteront les histoires oubliées

Et je me souviendrai.

la naissance des faons

Le mois de juin arrive, il est temps pour nous de quitter le monde des hommes pour retrouver la forêt enchantée où les faons viennent tout juste de naître. Voici le récit d’un des précieux instants trouvés au fond des bois….

La bonne fée

Dans la forêt enchantée, aux premiers jours de juin, les faons naissent entre les cuisses veloutées des biches. Ils glissent doucement dans l’herbe grasse des clairières, mouillés et surpris. La Terre est leur berceau, la grive musicienne chante au-dessus. Et les mouches déjà ronronnent.

J’attends leur venue, roulée dans l’aube frileuse, ou blottie au tronc d’un vieux hêtre. Immobile, silencieuse. Et patiente. La vie prend son temps pour grandir ici, et la hâte n’a pas sa place. Les heures fondent aux branches dansantes des arbres, la lumière du matin arrive comme un miracle. Dans l’immense forêt sauvage, je sais que quelque part un faon est en train de naître. Léché tendrement par sa mère. Je sais, et cela me suffit. Je le verrai peut-être passer un peu plus tard, rêveur et maladroit, aux flancs de la biche aux aguets. Ou peut-être pas. Qu’importe. Nous partageons pour quelques jours le parfum âpre de la forêt, les ronds blonds que le soleil jette à travers les feuilles et qui tremblent sur la mousse. Nous partageons le vent et la caresse argentée des averses. La douceur blanche des aspérules et le cri du pic noir quand il fait glisser sur les arbres son voile de mélancolie. Nous partageons ce petit morceau de vie fragile et lumineuse.

Tapie dans l’ombre, je pose lentement une main sur la Terre et je murmure tout bas une bénédiction. Que la vie, petit être, te soit douce et facile. Que la forêt te garde en sécurité. Que ton herbe soit verte et nourrissante et que les fusils se détournent de toi et des tiens. Je viens pour cela et pour rien d’autre, ces quelques mots confiés au vent tiède du mois de juin. Ma prière de bienvenue. Et quand une biche passe avec son faon éclaboussé de rosée, je me penche à peine, derrière le frou-frou vert des feuilles, et je souris sans qu’ils me voient. Comme la bonne fée sur le berceau d’une princesse.

Pourtant le lièvre…

Pourtant les violettes s’ouvrent dans la prairie mouillée. Les crocus fanent à côté, pâles et souriants. Pissenlits et plantains, un peu plus loin, dressent bravement la tête au milieu des herbes jaunies de la saison passée. Je reviens du torrent, j’ai encore la chanson de l’eau dans la tête, comme ces refrains qui s’attardent et qu’on fredonne sans même y penser.

Et cette autre musique, sombre et obstinée, le requiem d’un monde trébuché, la brûlure du monde, je n’ai même pas besoin d’écouter les informations pour la sentir, je l’ai plongée à l’onde fraîche du ruisseau, mais elle gémit encore, lancinante sous la peau.

 

Pourtant ma marche est tranquille, et la terre

Infiniment douce sous le pied.

Le soleil arrange tendrement son nid derrière les cimes d’arbres

Et se berce en frissons dorés.

Et puis

Juste là sous mon pas

Dans ce creux de prairie

Un lièvre a laissé quelques poils accrochés à l’herbe

Elle semble plus verte au mystère de son passage.

J’aime cette manière de deviner les animaux sauvages, sans les voir. Sans la crainte de les effrayer ni l’envie de les retenir. Ils ne sont plus des visions qui s’éloignent et qu’on croit avoir rêvées. Je les sens finalement plus réels et plus proches dans les poils, plumes, empreintes que je trouve, dans les coulées frottées de leurs odeurs, dans les crottes luisantes qui racontent leur repas et un peu de leur histoire. Et je peux prendre le temps de les rencontrer.

La petite touffe de poils, dans ma paume de main ouverte, est toute légère. Je la regarde longuement, la bourre blanche et cotonneuse, douce comme un duvet d’oisillon. Et les longs poils sombres, avec juste cette touche délicate d’ambre vers le haut, pas tout à fait au bout, une égratignure de soleil qui s’allume comme un enchantement.

Il s’est couché dans les plis de l’aube

Peut-être

A-t-il vu, lui aussi, le fin croissant de la lune d’hier

Elle cligne malicieusement de l’oeil

Et l’étoile du berger

Sagement assise à côté. Peut-être

Fait-il osciller, très lentement, ses longues oreilles pointées

Aux murmures infimes de la nuit.

Elles attrapent des sons que j’ignore,

Le frottement d’un insecte sur un brin d’herbe,

Le battement de la terre sous le pas du chevreuil, le gémissement

D’une feuille morte enlacée par le vent.

Le souffle des ailes de la chouette juste avant

Qu’elle fonde sur sa proie.

Si j’étais là, entendrais-tu

Mes yeux qui se ferment

Et mon cœur qui bat ?

Il s’est gratté sous les étoiles

Peut-être

Et s’est endormi ici, sans faire de manière.

Le lièvre n’a pas de maison,

Ni terrier, ni tanière, ni fissure rassurante, ni même

Le réconfort d’un autre où se blottir.

Il dort nu comme un mendiant, la terre est son berceau, et le ciel silencieux

Son unique gardien.

Il n’a que son corps pour refuge, vivant et chaud et alerte, sous les poils sombres.

Je me demande comment c’est

Cette vie de vagabond, et s’il a peur

Comme mon monde quand

Ses remparts s’écroulent

Quand ses innombrables assurances ne lui servent plus à rien

Quand il chancelle et réalise qu’il ne peut pas tout contrôler.

Je m’assois dans l’herbe mouillée

Où il s’est couché, je n’ai pas besoin de fermer les yeux

Pour sentir ce qu’est la vulnérabilité.

Elle va avec la vie, mais parfois je l’oublie.

Parfois je me cramponne à des rubans légers, à des promesses sans racines, et je voudrais

Tellement, tellement

Que quelqu’un me jure que tout ira bien.

Le chant des oiseaux ce soir est un vertige limpide

Et ne fait aucun serment.

Le soleil rabat sa capuche sur ses lèvres serrées

Puis disparaît, l’herbe a trempé mes cuisses.

Je frissonne doucement. Tout peut arriver. C’est la vie

Incertaine et sauvage.

Pourtant

Le lièvre a dormi dans la prairie.

L’Arche de Jörmungandr

L’arche de Jörmungandr

Odin convoqua Loki et, d’ un air sévère, lui dit «  tu as des enfants Loki »

Loki prit son air innocent et répondit «  Bien sûr Odin. Mon épouse, Sigyn m’a donné deux très beaux fils. J’ai beaucoup de chance »

« Pas ces enfants là », rugit Odin. « Tu as passé du temps loin d’Asgard dernièrement . Et pendant tes absences, tu as partagé le lit de la géante Angerboda. Elle t’ a donné trois enfants. Des enfants monstrueux. Je l’ai vu. »

Loki avait beau être maître dans l’art du mensonge et de la manipulation il ne pouvait pas nier ce qui avait été révélé à Odin.

Odin craignait que les trois monstrueux enfants de Loki deviennent grands et puissants et qu’ un jour ils représentent une menace pour les Dieux. Aussi, il envoya les Dieux Thor et Tyr les capturer.

Après un long et dangereux voyage vers le royaume des géants de glace, ils parvinrent à capturer les enfants qui jouaient sans protection dans la demeure d’ Angerboda.

Ayant ramené les enfants à Asgard, Thor et Tyr les présentèrent à Odin afin qu’il décide de leur sort.

Le premier enfant, une fille, nommée Hel, était bien étrange. La moité de son corps était celui d’une belle jeune fille pleine de fraîcheur, mais si on se tenait de l’autre côté, on voyait le profil terrifiant d’un cadavre. Odin décida de l’envoyer à Niflheim créer son propre royaume, Helheim, où elle régnerait sur les morts. Hel préférait la compagnie des morts, qui la regardaient avec respect, là où les vivants la regardaient avec horreur. Aussi, elle remercia Odin et partit.

Le deuxième enfant était un loup redoutable nommé Fenrir. Craignant sa force et sa puissance, les Dieux réussirent à tromper Fenrir en le convaincant de se laisser attacher par jeu avec la chaîne Gleipnir, une chaîne magique qu’aucun être ne pouvait briser. Cette trahison coûta à Tyr son bras droit, qu’il avait placé dans la gueule du loup en gage de bonne foi !

Le troisième enfant était un serpent du nom de Jörmungandr. Jörmungandr crachait du poison puissant et il ne cessait de grandir alors Odin décida de le jeter à la mer, là où il ne présenterait aucune menace pour les hommes et pour les Dieux. Aujourd’hui il est devenu tellement grand qu’il encercle tout Midgard, la terre des hommes, mais avant d’atteindre cette taille, il a laissé quelques traces de son passage.

Les eaux se déchaînent après le passage agité de Jörmungandr.

Nous ne savons pas précisément où Jörmungandr a été jeté à la mer, mais je suis certain que ce fût sur la péninsule de Snaefellsnes en Islande. Il a été relâché sur les rivages de Djupalonssandur. Pris de colère il a brisé la roche pour passer au travers laissant un trou de la taille d’un homme. Vous pourrez encore voir ce trou au-dessus des pierres à soulever avant d’arriver à la plage. La mer de Djupalonssandur est encore déchaînée après l’agitation de Jörmungandr, furieux de se retrouver dans cet océan glacial.

Le temps d’arriver jusqu’à Arnarstapi, il était déjà devenu énorme, comme en témoigne l’arche de Gatklettur avec son trou parfaitement rond, créé lorsque Jörmungandr à glissé à travers la roche de lave.

Il fit encore deux trous géants dans les falaises avant de disparaître dans la mer et des vagues jaillissent encore aujourd’hui de ces gouffres pour surprendre les promeneurs.

Si vous avez la chance de vous promener le long des côtes sud de Snaefellsnes vous pourrez voir les traces de ce passage plein de puissance et de furie. Espérons que vous ne verrez pas le serpent de Midgard lui-même !

La tête immense du serpent de Midgard.