Dans la brume des Hauts-Plateaux

En souvenir d’un merveilleux moment partagé dans la brume…

Dans la brume des Hauts-Plateaux, je te regarde lentement renaître.

Il y a la terre bousculée de pierres blanches, ce calcaire rond qui réveille ton pas, fait chanter ton chemin. Biensûr tu ne sais pas où tu vas mais qu’importe ! Tu t’enfonces avec la légèreté de ceux qui ont tout laissé derrière eux. Des épicéas fantomatiques surgissent de la blancheur voilée, certains radieux comme des sapins de Noël, d’autres frêles et boiteux, et tu reconnais chacun d’eux. Ceux-là qui se serrent en silhouettes tendrement mêlées, ceux-là qui vont seuls, penchés sous le vent, leurs branches flottant comme une longue traîne après leur tronc tordu. Oui, tu les reconnais. Ils te sont mille fois plus familiers que ta vie.

Il y a les pelouses sèches où les blanches renoncules sont comme des étoiles éparpillées, des étoiles tremblantes, fragiles à l’infini, et tu reconnais cela aussi n’est-ce pas, leur petite tige bravement courbée et la fleur grande ouverte. Je te regarde. Il y a une larme égarée sur ta joue, une seule larme, et déjà le vent qui souffle doucement dessus. Le vent des Hauts-Plateaux. Tu retrouves la mélodie très ancienne, la mélodie d’avant. Devant toi, dans le brouillard épais, une petite fille marche en chantonnant, ou bien est-ce la flûte d’un oiseau ? Elle tient par la bride une ânesse qui avance à côté d’elle. Et c’est tellement beau l’âne solide qui va sagement à côté de l’enfant minuscule. Elle se retourne et te sourit. Et biensûr tu la reconnais.

Les heures passent, les heures longues des Hauts-Plateaux, il y a les genévriers aux griffes d’argent, qui attrapent des perles de rosée puis les laissent tomber à tes pieds. Tu marches au milieu d’eux comme une reine, tu ralentis pour mieux respirer leur parfum précieux, et tu sais que tu garderas cela, que ce sera ta lumière pour les autres nuits à venir, le parfum gris bleu des genévriers.

Tu te laisses conduire jusqu’à la grande plaine qui t’offre ses courbes fleuries, un cerf passe sans un bruit. La brume soulève un peu le bas de sa robe de soie. Tu t’arrêtes un instant. Tu regardes cette étrange route qui a été ta vie, les petits bonheurs, les petits renoncements. La légèreté perdue au fil des années, les rêves abandonnés, l’amour émietté. Tout ce silence, comme un couvercle sur ta gorge. Cette route-la, tu ne la reconnais plus. Tu la regardes. Tu ne lui en veux pas car au fond c’est elle qui t’a menée ici, tout près du battement de la terre. Mais tout de même elle n’est pas très jolie, avec ses tristes détours, avec ses ornières creusées d’ombres… Et peut-être que ton coeur se déchire un peu, un bout d’étoffe trop tendue qui s’ouvre. Qui s’ouvre et laisse entrer le vent des Hauts-Plateaux, la blancheur des fleurs, le murmure des vieux épicéas, l’insouciance des chants d’oiseaux. Et toute la lumière de ta vie nouvelle.

Tu respires un bon coup, et je te regarde quand tu tournes la tête vers le chemin à venir, tu es tellement forte même si tu ne le sais plus. Tu ajustes ton bonnet sur ta tête. Il y a ce sourire dans tes yeux. Et au bout de la brume, la petite fille qui t’attend avec son âne tranquille.

voyage photo Ecosse 2018

Et c’est reparti, avec ce voyage photo Ecosse 2018… 

Le séjour 2017 a été inoubliable, riche en beaux moments dans la nature et en partages, avec de fortes amitiés qui se sont créées là-haut, nous ne sommes pas prêts d’oublier ces instants magiques et avons hâte de repartir en 2018. Alors, on vous emmène?
 
 
Vous trouverez toutes les infos sur notre page Stages:
 
 
L’occasion aussi en allant sur cette page, de revoir la belle video tournée avec notre groupe de 2016.
Et tout bientôt la mise en ligne de la galerie Ecosse 2017, avec des lumières de rêve et d’incroyables rencontres animalières. Décidément, on ne se lassera jamais de ces Highlands où nous avons planté un petit bout de notre âme…

stage photo vautours

 

De retour de plusieurs jours dans le parc naturel des Baronnies, où nous avons pu faire les repérages de notre prochain stage photo « Danse avec les vautours ». Des instants de légèreté, guidés par le vol serein des vautours, la mélodie verte des rivières, l’or des falaises et les lumières chaudes de la fin de l’été. Des jours doux comme des bulles où il n’y a qu’à se laisser porter… en regardant glisser les vautours…

 

 

 

 

 

 

 

 

Instant précieux

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Ce matin, bien avant les hommes, tu suis le chemin silencieux, frotté de l’odeur des biches. Le frisson de la clairière par-delà les feuilles et, plus tard, la caresse du premier soleil sur l’herbe douce.

Tu as appuyé ton dos contre un frêne moussu. Et tu restes assis là, dans le souffle des arbres, la vague ondulante et tiède qui glisse sur la forêt et vient lécher ton visage. Il y a du vent ce matin, il glisse sur les herbes dans un frôlement de robe longue, les branches soupirent, les hêtres s’effleurent en murmures pailletés. A travers les éclaboussures de lumière, un petit bout de ciel parfois. Tu es assis, tes pensées vont et viennent, légères, dans la brise. Tu as le temps. Tu regardes le soleil se poser sur chaque feuille, délicatement, puis la quitter dans un souffle de papillon. Oui, chaque feuille, et tu voudrais garder chacune, celle-ci toute ronde et douce, celle-là cousue de trous en fragile dentelle. Et la fougère docilement courbée. Tu voudrais les garder toutes, comme si c’était la dernière fois. Le dernier matin… Et c’est bon de te dire cela, que rien ne sera toujours là, que demain peut-être va savoir… comme ce moustique que tu envoies valser si facilement d’un revers de ta main.

Alors tu ne perds rien de cette minute, son parfum de feuilles sèches, l’étrange velouté de son silence soudain, et jusqu’à sa douleur dans ton dos à force de rester ainsi plié sous le toit murmurant de la forêt. Tu prends tout, joyeusement.

Puis il y a ce léger tremblement du sol, étrange impression de le sentir dans ta colonne, tandis que tes muscles se raidissent et que tu te coules un peu plus le long du frêne, aux aguets. Tu n’es plus qu’attente, et tu ne sais plus si ce bruit sourd qui cogne, c’est un pas de bête ou le tambour de ton coeur… Voici deux cerfs qui avancent, tranquilles dans le soleil. Ils sont si près que tu peux entendre les nuées de mouches noires qui les suivent, et les crissements de l’herbe lavée de rosée, qu’ils arrachent et mâchent en remuant leurs oreilles. Ton corps se relâche, tu les regardes passer entre les troncs. Une seconde de plus et ils ont disparu.

Tu prends cela encore, tu cueilles le vide étrange qu’ils ont laissé après eux. Et cela aussi c’est bon. Tout aimer et ne rien retenir… Le matin finit d’éclore. Il ne reste plus que le vent du sud, tiède et doux, couché sur la clairière.

Souvenir du Stage Photo Vercors Chercheurs de Lumière

Petit souvenir du stage photo nature du weekend dernier, sur la réserve des hauts plateaux du Vercors.

Ambiances sauvages et poétiques garanties!

Merci au super petit groupe pour les moments de partage et d’échange et merci aux bouquetins d’être arrivés à l’heure pour le rendez vous 😀 

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Que du bonheur de composer ses images dans les parfums du fenouil sauvage
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Classique incontournable du Vercors. Le spectacle du lever de soleil sur le Mont Aiguille avec le chant des tétras lyres pour nous accompagner.
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Les bouquetins sont à l’heure pour le plus grand bonheur des stagiaires – nous avons bien fait de les commander auprès de l’office de tourisme!
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Et oui, on finit toujours allongés dans nos stages, mais ils n’ont pas l’air si mal là dans les herbes folles du plateau.

Nos prochains départs pour le Vercors:

Rêves Nomades: trois en autonomie sur la Réserve des hauts plateaux – levers et couchers de soleil, flore, bouquetins et des ânes pour transporter le matériel!

Détails du stage

Vercors Plein les Yeux: une semaine  pour photographier flore, faune et des paysages sublimes: alpages bucoliques, forêts profondes et mystérieuses, plateaux austères où rien n’arrête le regard.

Détails du stage

Tous les stages de prises2vues

Séjour Islande 3

La plus belle de nos aurores islandaises. Un moment magique qu’on offre à un ami qui est dans la peine…

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Ce soir je vais m’endormir

Au seuil de ma forêt familière

Dans les bras de mon bien-aimé

Les grillons chantent à la fenêtre

La vie est tellement douce et parfois

Si terrible…

Ce soir je voudrais t’offrir

A toi sous ton fardeau plié

Dans la nuit de ta détresse

Je voudrais te donner

La caresse d’une lueur

Toujours là

A la lisière de l’oubli

Ecoute-la…

Il est tard sous les étoiles

On devine par-delà la montagne

Comme un frisson

A peine esquissé aussitôt

Evanoui. Tu crois

L’avoir rêvée mais la revoilà

Un peu plus loin

Qui s’allonge et s’étire

Voluptueuse déjà

L’aurore…

Enroulée autour du ciel immense

Mèche de cheveux d’ange au vent soufflée

Soie froissée de reflets

Tourbillon d’espérance

Regarde-la danser

Elle effleure les crêtes noyées

Sa ronde sur la mer qui soupire

En longues spirales de vert et d’argent.

Ecoute-le du fond de ton silence

Le roulis des aurores…

Certains disent là-haut

Qu’il suffit d’en voir une

Pour renaître au monde.

Celle-ci est à toi

Même si je n’ai rien d’autre

Que mes souvenirs

Et mes pauvres mots

Mais si tu veux bien

Ce soir

Je voudrais les glisser sous ta porte

Et te rappeler tout bas

La lumière…

 

Séjour Photo Ecosse – souvenirs

En souvenir des beaux moments passés pendant notre séjour photo Ecosse de l’année dernière, voici quelques images de nos stagiaires en train de savourer et capturer les magnifiques paysages sauvages Ecossais. Un peu trop de ciel bleu à notre goût, mais Sandrine et moi étions les seuls du séjour à s’en plaindre !

Il reste encore 2 places sur le séjour automne 2017

http://prises2vues.fr/stages-photo-nature/voyage-photo-highlands-to-islands/

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Pour plus d’images d’Ecosse:

Galerie Into the Highlands

Histoire de faon

Un faon de chevreuil et sa maman dans les herbes, une belle histoire qu’on a envie de partager. C’est notre petit cadeau du week-end 🙂

Au milieu de la forêt, il y a une petite clairière isolée, loin des chemins et bordée de longs hêtres droits, de buissons d’aubépines, d’érables champêtres et de prunelliers. J’aime la traverser le matin, quand les marguerites tendent leurs corolles blanches au frais soleil et se dressent doucement sous le vent. Ce matin encore je m’y trempe les pieds, et laisse courir mon regard sur le fouillis joyeux de lumière et de fleurs.

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Et là, caché parmi les hautes herbes, je le trouve, enroulé autour du plumetis de son pelage, avec ses grandes oreilles immobiles, son museau humide et ses longs cils recourbés. Adorable et délicat. Minuscule au milieu de la prairie, tellement minuscule ! Et vulnérable… Soudain la clairière est immense, les herbes trop fines et fragiles, les dangers trop nombreux, le monde des hommes trop proche. Je sais que je ne peux pas rester là, malgré l’envie qui me tient de me pencher sur lui et de le rassurer, de me rassurer… Il faut partir, vite, ne pas écraser la pauvre muraille d’herbe qui le protège, ne pas effrayer sa mère qui n’est pas loin, et qui bientôt viendra le nourrir. Ne pas attirer l’attention sur lui. Je fais trois photos. Dans son oeil grand ouvert, je vois le ciel bleu et pur de ce matin de juin, et toute la promesse de la vie qui l’attend peut-être… Et je passe mon chemin.

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Après lui, la forêt est plus belle encore, vibrante et tendre, mon coeur déborde de gratitude. La journée passe, je le sais là, immobile dans son écrin de verdure, bercé par la chanson des grillons, et je me surprends plusieurs fois à prier l’herbe de bien l’entourer.

En fin de journée, j’y retourne avec Matt pour un affût. Nous nous installons à bonne distance, dans les fourrés denses qui bordent la clairière, et nous attendons silencieusement. Est-il toujours là ? Sa mère viendra-t-elle ? Nous la devinons à deux reprises sous les hêtres, de l’autre côté de la prairie, mais elle ne sort pas de l’ombre. Les heures passent, le soleil descend, la cloche de l’église au loin sonne 8 heures, et je commence à me dire qu’elle attendra la nuit pour sortir voir son petit. Mais non, la voici enfin, qui avance tranquillement en arrachant des touffes d’herbe longue. Elle s’arrête parfois et tend l’oreille, puis reprend sa lente errance au milieu des graminées. Vision onirique de cette chevrette à travers les feuilles qui nous cachent et qui viennent l’auréoler de lumière.

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Le faon est là je le sais, même si on ne parvient pas à le voir. Peut-être entend-il le pas de sa mère qui crisse doucement autour de son berceau de verdure ? Peut-être a-t-il fermé les yeux, rassuré par les bruits familiers déjà de la nature qui l’entoure. C’est ainsi que je veux l’imaginer ce soir, endormi et serein, alors que sa mère cueille les longues tiges gorgées de nutriments, et que la force de vie passe ainsi d’un être à un autre.

Nous y retournerons peut-être dans quelques jours, avec l’espoir de le voir gambader dans la jolie clairière aux marguerites. Mais pour le moment il est temps de les laisser tranquilles tous les deux. Ne pas prendre le risque de les inquiéter en venant trop souvent. Ne pas marquer les lieux de cette odeur humaine qui provoque la terreur, et qui pour eux est liée au danger et à la mort. Juste les savoir là nous suffit. Si proches et si lointains à la fois. Nous revenons avec le cadeau de ces quelques images, et le bonheur d’avoir partagé ce petit morceau de leur vie. En retrouvant notre maison, avec ses murs de bois blond qui nous protègent du vent et de la pluie, notre maison si douillette et chaleureuse, cocon de lumière dorée dans la nuit, je garde au bord des lèvres ma fervente prière aux herbes de la clairière… Qu’elles poussent, longues et épaisses autour du faon caché, et se penchent sur lui comme des centaines de bonnes fées…

Stage photo flore de montagne et orchidées

Une image prise lors de notre dernier stage photo Flore de montagne et orchidées. Et un petit texte inspiré par les merveilleux moments partagés avec nos stagiaires. Des moments pleins de chaleur et d’authenticité. Merci mille fois d’être venus jusqu’à nous!

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Stage photo Flore 2017 : Le bonheur se cueille à l’ombre des chênes…

Traverser la prairie fleurie diluée de vert et de mauve, piquée de sauges sauvages et de boutons d’or. Sentir le long des jambes le frisson des longues marguerites, qui doucement courbent leurs tiges pour déposer au sol les flocons de leurs pétales. Sous le soleil qui cogne, les couleurs se brouillent en un tableau impressionniste, une peinture vivante, ondulante et sonore, toile chatoyante où glisse, de temps à autre, le vol bourdonnant d’un insecte. Il fait chaud. La prairie chante. Assis au milieu des fleurs, chacun offre son visage à la lumière du printemps…

A l’ombre de mon chêne, l’herbe est grasse et douce. L’air est frais, le soleil tremble derrière les feuilles. Je me suis couchée là, dans le parfum sucré du trèfle rouge et des graminées. Fermer les yeux à demi, en se laissant bercer par la mélodie ronronnante des grillons. Petit à petit, les uns et les autres délaissent leur boîtier, et s’abandonnent aux bras de la prairie. Chacun y trouve son chêne, son petit coin d’ombre bienfaisante. On ne parle plus. On ne cherche plus… Dans la chaleur de cette fin de journée, le temps s’est arrêté.

Il y a eu tant de beaux moments pendant ce week-end, au milieu des fleurs sauvages. La nature a versé à nos pieds des trésors, les tulipes sauvages et leurs corolles d’or délicatement soulignées de rouge, les douces jonquilles au milieu des tapis blancs de renoncules, le bleu velouté des gentianes, les incroyables orchidées, dessinées comme des bijoux, qui se laissent trouver au milieu des herbes comme des pierres précieuses. Les gouttes de rosée, au petit matin tendre. Les marches dans le parfum de la pluie. Les ciels alourdis de nuages, puis lavés de bleu limpide. Les partages et les rires. Les rêves de chacun. Nos innombrables points communs. Et cet émerveillement que nous avons regardé venir dans leurs yeux, grossir comme une marée joyeuse, et qui se déverse enfin ici, dans cet écrin coloré et sauvage bordé de falaises argentées. Ici…

Ils ne savent pas, ceux qui sont venus jusqu’ici, et qui nous remercient avec tant de chaleur au moment du départ, qu’ils nous ont fait un cadeau. Car, par delà la beauté de ces jours enchantés, ce qui est bon, c’est le bonheur des autres, que l’on cueille à l’ombre des chênes…