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Newsletter avril 2022: célébrer la vie !

Newsletter Avril 2022

Edito

Le printemps arrive, d’une démarche hésitante certes, mais il arrive. Je ne sais pas comment vous vivez ce retour de la saison de la vie, mais de notre côté nous ressentons un profond désir de danser avec, de saluer les premières fleurs, de sourire aux chants ivres des oiseaux, de fêter la naissance des renardeaux, de nous offrir la beauté et la joie. C’est pourtant, une fois de plus, un printemps étrange, et il peut être difficile de le célébrer alors que le monde semble à l’agonie, que des millions d’ukrainiens, aux portes de l’Europe, sont jetés sur les routes, que les villes bombardées sont jonchées de cadavres, et que la menace d’une guerre atomique plane… 

Voilà ce que j’ai envie de vous répondre: c’est justement lorsque la violence et la mort versent sur le monde leur chant d’ombre que nous devons, plus encore que d’habitude, honorer la vie. Etty Hillesum, auteur juive des Pays-bas, qui a vécu l’horreur du nazisme et est morte à Auschwitz pendant la seconde guerre mondiale, a laissé au monde un journal intime qui est une célébration de la vie au coeur même de l’insoutenable. Ses écrits inspirants m’ont souvent portée et remise sur le chemin de la joie dans les périodes difficiles. Elle écrit dans ses carnets: « J’ai déjà subi mille morts dans mille camps de concentration. Tout m’est connu, aucune information nouvelle ne m’angoisse plus. D’une façon ou d’une autre, je sais déjà tout. Et pourtant je trouve cette vie belle et riche de sens. A chaque instant. » 

C’est cela que nous voulons, une nouvelle fois, partager avec vous ici: la « vie belle et riche de sens ». La seule que nous avons et qui mérite d’être fêtée comme il se doit.

Au programme de cette Newsletter:

  • d’abord donc, un partage sur notre manière de célébrer la vie en ce moment, et une invitation pour vous à faire de même, à joindre votre chanson d’amour à la nôtre.
  • des nouvelles de nos stages et séjours photos pour la belle saison qui arrive, car nos stages sont de merveilleuses occasions de partager ensemble l’émerveillement, la fraicheur, la légèreté et la joie.
 

Célébrer la vie et le vivant 

Ce matin, comme chaque matin avant de commencer ma journée, je suis sortie dans la nature. Avec notre chienne ravie, sur le chemin encore tout couvert de cette neige qui est tombée en abondance ces derniers jours sur le Vercors. J’avoue que j’avais envie de tout sauf de neige. Je rêve de prairies fleuries et de danses en robe légère sous les étoiles, de papillons et de libellules, de la tendresse des premiers faons. Mais voilà. C’est la neige qui m’est donnée. Et si Ginka notre chienne arrive à apprécier ce matin malgré la neige, je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas en faire autant. Ce n’était d’ailleurs pas bien difficile à aimer, ce paysage d’avril enneigé. Des voiles de brumes tissés de rayons dorés glissaient le long des falaises qui surplombent notre village. Tout était silencieux, la neige ayant le fabuleux avantage de faire taire les activités humaines. Dans une prairie au loin, un renard se tenait immobile comme une pierre, noir sur le blanc immaculé, guettant avec concentration la vie qui allait pouvoir nourrir la sienne, et mon coeur a bondi de joie devant cette vision, son premier bond de la journée 😉 J’ai marché lentement jusqu’aux Mariés, deux arbres soudés l’un à l’autre au milieu d’un pré: un merisier et un frêne. Dans quelques semaines, le merisier ouvrira ses fleurs blanches et légères et le frêne ses bourgeons de velours noir. Les Mariés, oui c’est ainsi que nous les appelons Matt et moi, et nous les considérons un peu comme les gardiens de notre amour. Nous venons souvent nous asseoir à leur pied et nous conversons gentiment tous les quatre. Ce sont de vieux arbres, et aussi de vieux amis,  nous les connaissons depuis plus de 12 ans. Je me suis assise avec eux, sur le petit cercle d’herbe qui entoure leurs troncs, le seul emplacement sans neige, et j’ai écouté le monde, mon activité favorite 😉 J’ai écouté avec tous mes sens, savourant la berceuse du pigeon ramier et le cri de la buse versé sur les nuages. J’ai goûté le vent d’avril sur mon visage, la douceur du soleil voilé, le parfum discret de l’herbe. J’ai trouvé quelques violettes qui sortaient bravement leurs petites têtes mauves de la neige en train de fondre, et mon coeur a fait son deuxième bond de la journée, car elles étaient à la fois si fragiles et résistantes. Elles étaient encore là après s’être pris presque un mètre de neige sur le nez! Elles m’ont fredonné leur promesse de printemps, une promesse aussi fluette que leur parfum, aussi solide que leur présence. Quand je m’assois ainsi le matin, chaque minuscule détail dans la nature autour de moi me rappelle comme la vie est belle. Souvent, j’offre alors un merci, puis deux, puis trois, puis des dizaines, pour toutes les merveilles qui sont là. Et un autre merci qui rassemble tous les autres, comme une ficelle dorée autour d’un bouquet: merci pour ce nouveau jour qui m’est offert.

 

 

Car nous l’oublions trop souvent, la chance incroyable que nous avons d’être ici! Nous faisons comme si cela allait de soi, cette vie sur terre, alors qu’elle est un vrai miracle. Bien souvent, nous laissons les merveilles qu’elle nous offre se faner sous nos pieds étourdis, sous notre coeur alourdi de peines. 

Je suis heureuse ce matin. Je le suis sans trahir les souffrances du monde, ni ma propre peine. Alors même que je vous parle de célébrer la vie, je dois traverser un nouveau deuil: mon oncle est mort il y a deux semaines, assassiné de manière violente dans sa maison de Siwa en Egypte. Toute notre famille est dévastée par ce décès, par cette fin aussi horrible qu’incompréhensible. Mon oncle était un homme adorable, doux et ouvert d’esprit. Un grand voyageur, un amoureux des arts et de la beauté. Il avait des amis partout dans le monde. Comment une telle absurdité est-elle possible? Lorsque j’étais sous les Mariés tout à l’heure, j’ai levé les yeux au ciel et j’ai pensé que son corps était à cet instant précis dans l’avion qui doit le ramener, dans un cercueil scellé, vers la France, pour que nous puissions l’enterrer. Les violettes, à côté de mes pieds, penchaient doucement leurs jolies têtes. Elles étaient toujours là. Je leur ai souri.

Célébrer la vie, ce n’est pas laisser de côté les tragédies et le désespoir. Je ne rêve pas d’une vie simple et facile, car je sais que ceci n’est pas la vie. Je sais, en passant tout ce temps dans le monde sauvage, que la mort violente et la souffrance y ont leur place. Il me suffit d’écouter les informations pour me souvenir qu’elles ont leur place aussi dans le monde des humains, même si nous faisons tout pour l’oublier. Je sais qu’être vivant sur cette terre, c’est signer pour les merveilles, mais aussi pour la maladie et les désastres. On ne peut prendre ceci et laisser cela. Et je signe, encore et encore, je signe chaque jour, avec mes yeux et mes oreilles, avec ma peau et la joie jusqu’au fond de mes os, car, même avec ses tragédies, la vie vaut infiniment la peine. 

Nous ne devons pas attendre que la vie soit simple et tranquille pour être heureux. Cela arrive parfois bien entendu, ces périodes de calme, cela arrive plus à certains qu’à d’autres, je ne pense pas que nous portions tous le même sac de douleurs, mais nous avons chacun notre sac à porter. Malgré tout, la vie peut être savourée même dans la tourmente. Etty Hillesum l’a célébrée avec ferveur au fond d’ un camp de concentration. Elle s’est réjouie d’un coucher de soleil derrière les grilles. De quelques brins d’herbes qui poussaient-là, au milieu de l’horreur. Des gestes de réconfort que les prisonniers s’offraient les uns aux autres.

Je me réjouis du passage d’un renard et des premières violettes. Je me réjouis de ma chienne fofolle qui court dans la neige, tandis que le vent soulève ses longs poils roux. Je me réjouis de ce rayon de soleil qui perce la brume. D’un poème que j’ai pris avec moi. De mon téléphone qui bip et m’avertit d’un nouveau message de mon amie Dany. Je suis heureuse ce matin. Avec les tragédies et avec les merveilles.

 

 

Et pour célébrer un peu la vie avec vous, je vous offre un poème. Pas un des miens, vous en aurez un plus loin dans cette Newsletter, mais un de ma poétesse préférée, Mary Oliver, une américaine encore non traduite en France, et que j’avais déjà citée en ouverture de notre livre Sensations. Mary Oliver, elle s’y connaît pour fêter la vie, mais aussi pour l’embrasser toute entière, avec ses velours et ses piquants; et voici son poème Oies Sauvages, que je traduis (de manière un peu libre) pour vous ici:

 

Tu n’as pas à être bon.

Tu n’as pas à marcher sur les genoux

pendant des centaines de kilomètres à travers le désert, en te repentant.

Tout ce que tu as à faire, c’est laisser le souple animal de ton corps

aimer ce qu’il aime.

Parle-moi du désespoir, le tien, et je te parlerai du mien.

En attendant le monde continue.

En attendant, le soleil et les graviers limpides de la pluie

traversent les paysages,

par-dessus les prairies et les arbres profonds,

les montagnes et les rivières.

En attendant, les oies sauvages, haut dans l’air bleu et lavé, 

se dirigent à nouveau vers leur demeure.

Peu importe qui tu es, peu importe combien tu te sens seul,

le monde s’offre à ton imagination,

il t’appelle comme les oies sauvages, rude et excitant-

encore et encore il annonce ta place

dans la famille des choses.

 

Ce poème est cher à mon coeur. J’ai passé les deux derniers mois au bord de l’océan, en Charente-Maritime, dans la maison de ma maman, pour avancer dans l’écriture de notre prochain livre. Pour me réparer aussi, après un hiver difficile (je l’avais évoqué dans la précédente Newsletter). Et les mots de Mary Oliver m’ont accompagnée, ils m’ont aidée à retrouver ma place « dans la famille des choses ». Là-bas, entre la forêt et les dunes, il y a des marais, où les oies sauvages viennent passer l’hiver. Chaque matin j’allais m’asseoir là, comme je l’ai fait ce matin sur le Vercors enneigé, et j’écoutais le monde. J’écoutais mon coeur faire des bonds de joie. J’écoutais les cris des oies, leur appel tapageur à la vie, leur célébration farouche de chaque instant, par-dessus le grondement  lointain de l’océan immuable. Je fêtais le nouveau jour avec elles, et parfois je leur lisais à voix haute ce poème. Je le lisais aussi aux aigrettes, qui semblaient l’apprécier. Et même les corbeaux, qui sont de grands amateurs de poésie, venaient pour écouter, et manifestaient bruyamment leur plaisir 😉 Je suis repartie chez moi avant les oies, mais la veille de mon départ je leur ai fait la promesse de continuer à honorer la vie, même au coeur de la détresse. Même dans le deuil. Même sous la neige d’avril. Et j’ai bien l’intention de tenir cette promesse-là.

 

 

Célébrer la vie, ce n’est jamais célébrer seul. Cela se partage avec le reste du vivant. Avec les oies sauvages ou avec les pigeons du square. Avec la libellule, les arbres et le bleu du ciel. Avez-vous déjà célébré la vie avec le vent? Avec l’eau de la rivière? Avec la pâquerette souriante? Avec l’humus noir de la forêt silencieuse? Quand on décide que chaque matin sera une fête au nouveau jour, on se rappelle combien chaque existence est précieuse, la nôtre bien entendu, mais aussi celle de tous les êtres qui partagent la terre avec nous. On descend de notre pyramide d’anthropocentrisme et de maître de la nature pour tourner dans la grande et riche ronde du monde, « la famille des choses » qu’évoque Mary Oliver. On a envie d’être doux et aimant, de prendre soin de chaque membre de cette famille: notre famille animale et humaine, notre famille végétale, notre famille minérale. On commence à sentir aussi combien chacun, juste en étant là, prend soin de nous. L’ aubépine avec ses minuscules bourgeons verts prend soin de moi ce matin. Les blaireaux qui ont tracé une piste dans la neige prennent soin de moi. Et aussi le merle joyeux. Et les buis qui versent le parfum de leurs fleurs sur la forêt. Nous célébrons la vie tous ensemble. Chaque parcelle de mon corps est avec eux. 

Je ne crois pas que l’oligarche russe, au bord de son yacht qui n’a pas encore été confisqué, célèbre la vie quand il s’assoit sur un luxueux fauteuil de cuir et ouvre une énième bouteille de champagne. Il ne sait pas écouter le monde. Il est tout rempli de lui-même et il n’entend que la vaine musique de ses désirs. Il ne sait pas prendre soin, et chacun de ses gestes est une offense à la terre. Ne le jugeons pas trop vite, nous avons tous un oligarche russe en nous, une partie de nous-mêmes qui se sent morte et vide et qui ne cherche pas la vie au bon endroit. Qui s’échappe dans des plaisirs futiles, qui n’arrive pas à savourer les choses simples. Nous avons tous cette part d’ombre en nous car nous sommes emmaillotés dans une civilisation qui a oublié les sentiers de la vie. Et qui, dans sa fuite éperdue vers la mauvaise direction, abîme le monde. Abîme les autres vies précieuses. Oui, ne jugeons pas… 

Tournons nous simplement à nouveau vers la joyeuse fête de la terre, revenons à la danse du vivant, et chantons avec notre famille. J’ai une petite pratique toute simple que j’aime faire pour vérifier que je ne me suis pas, une fois de plus, laissée prendre aux filets et aux mirages de la civilisation moderne. En fait, c’est juste une question que je pose, à moi-même, et au monde, de temps à autre: « Suis-je en train de célébrer la vie, là maintenant? ». Là, quand je marche sous les trembles, parmi les fougères? Là, quand l’envie de faire chauffer ma carte bleue me démange? Là, quand je râle? Là quand je danse? Là, quand je suis repartie dans mes ruminations? 

 

 

Avant-hier, j’étais tellement heureuse malgré mon deuil, je ne sais plus pourquoi – mais faut-il une raison pour être heureux?- je suis allée enlacer un hêtre dans la forêt, un de mes arbres amis, je l’appelle le hêtre des constellations car son écorce est couverte de centaines de petites taches pâles qui brillent comme des étoiles dans la nuit. Je l’ai enlacé juste pour partager ma joie avec lui. Partager les bonds de mon coeur. J’ai cru l’entendre chanter, mais peut-être était-ce le vent dans ses branches? Peut-être… J’ai cru entendre la voix  de mon oncle, quand il courait avec ma soeur et moi dans le jardin de mes grands-parents, ses mains dressées sur sa tête en forme de bois de cerfs, hurlant, bramant et riant comme le grand gamin d’un mètre quatre-vingt dix qu’il était. Ai-je rêvé derrière mes larmes? J’ai cru entendre aussi le cri des oies sauvages, comme si elles passaient très haut au-dessus de ma tête, volant à nouveau vers leur demeure lointaine du Nord. Ai-je rêvé là encore? Peut-être… Et c’est sans importance. Le plus important, c’est de tenir la promesse que j’ai faite aux oies farouches. La promesse que chaque arbre de la forêt et que chaque violette porte dans son coeur. Que chaque renard honore, et chaque lièvre, et chaque aubépine qui ouvre ses feuilles tendrement. La promesse que mon oncle a tenue jusqu’à son dernier souffle. Célébrer la vie.

 

 

Des nouvelles des stages photo

 

Dans deux jours, nous repartons enfin pour notre bien-aimée terre d’Ecosse, et mon coeur fait un nouveau bond à cette idée! Nous allons monter loin, très loin vers le Nord, sur la mystérieuse et sublime île de Harris & Lewis, où notre groupe de stagiaires nous retrouvera par la suite. Nous aurons le plaisir de partager avec eux les incroyables ambiances de celle que j’appelle l’île des déesses, car les montagnes y ressemblent à des femmes endormies, et chaque pierre chante une chanson sacrée. La mer y est d’un bleu que je n’ai jamais vu ailleurs, le sable blanc comme la neige, et la lande austère murmure des histoires très anciennes que nous raconterons le soir, Matt et moi, à la lueur de quelques bougies…

Séjours photo Ecosse et autres destinations

 

A notre retour d’Ecosse, en mai, nous retrouverons la magie du Vercors, et notre stage consacré à la flore printanière de nos montagnes: les belles sauvages aux mille couleurs éclatantes et les délicates orchidées remplies de secrets seront nos guides le temps d’un week-end sur notre chemin vers l’émerveillement. En écrivant ces mots, je crois déjà sentir le parfum de l’herbe froissée quand on se couche dans les prairies fleuries, tout près du chant du coucou, avec les lourdes montagnes tout autour qui semblent garder la beauté du monde.

stage photo flore de montagne et orchidées

 

Puis, dans le début luxuriant de l’été, nous avons nos deux séjours plus longs: La Forêt Enchantée ( en juin) et Rêves Nomades (en juillet). Nous adorons ces week-ends prolongés car nous avons vraiment le temps et l’espace de partager, en plus de la photographie, des pratiques variées de connexion à la nature. Et, tout ce que j’évoque dans nos Newsletter, ce lien fécond au monde, cette célébration intense de la vie et du vivant, nous pourrons Matt et moi les vivre avec vous, en créant pour vous des espaces pour vous offrir la vie pleine et vous relier à la beauté du sauvage, en vous transmettant nos pratiques personnelles de connexion, nos connaissances intimes des lieux, de la faune et de la flore, mais aussi en vous offrant des poèmes et des contes qui ouvriront grand les portes de votre âme. 

 

Stage Rêves Nomades
Stage/retraite photo La Forêt enchantée

 

Bref, tous nos stages de la belle saison à venir seront une célébration cette année, une grande fête de la vie précieuse, un festin de beauté et d’amour, car oui, nous  avons tous besoin de beauté et d’amour par les temps qui courent, dans ce monde qui ne cesse de trébucher. Nous en avons besoin, car, plus que jamais, notre terre attend que nous prenions soin d’elle. Et quand on est heureux, on prend beaucoup mieux soin de la terre. 

Voir tous nos stages

Newsletter Janvier 2022

Guérir de la brûlure 

Il y a mille et une manières de guérir, de même qu’il y a mille et une façons d’être malade. La guérison que nous avons envie de partager avec vous aujourd’hui, est celle d’une brûlure, non pas une brûlure soudaine que l’on va pouvoir traiter une bonne fois pour toutes, avant de reprendre le cours normal de notre vie, mais une brûlure répétée, qui revient sans cesse et à laquelle on ne peut échapper: Sandrine l’appelle dans ses textes la brûlure du monde. En écrivant ces mots, j’entends déjà les récriminations de ceux qui ne se sentent pas concernés, « non merci, pour moi ça va, ça ne me brûle pas, je suis blindé, vous devriez en faire autant ». Nous en connaissons tous de ces personnes qui avancent dans le monde sous leur scaphandre anti-feu et gardent le sourire au milieu de l’incendie qui ravage la terre. Elles représentent encore une bonne majorité de la population. Notre société nous offre des scaphandres très évolués, invisibles et efficaces, parfois coûteux, mais toujours très faciles à se procurer: allumer la télévision, aller faire les boutiques, s’offrir des vacances au soleil, consommer, se tuer au travail, se dire que tout va bien, consommer un peu plus, se dire que tout ne va pas bien mais qu’on ne peut rien y faire, consommer encore… Nous sommes très doués pour tourner notre regard ailleurs, alors même qu’on est en train de nous appliquer une brûlure au fer rouge. On ne la sent pas toujours sous notre scaphandre hyper sophistiqué, mais elle est bien là, qu’on se sente concerné ou pas, qu’on habite la campagne ou la ville, qu’on soit jeune ou vieux, riche ou pauvre. On est tous des habitants de la terre et, où qu’on marche, on marche droit vers l’incendie. 

 

 

Depuis des années, nous essayons, ici sur notre petit bout de Vercors, d’éteindre le feu, de faire notre minuscule part de colibri. Nos choix de vie peuvent être de formidables baumes de guérison, qui nous permettent de ne pas trop nous brûler les ailes. Aller vers une vie simple, en essayant d’éviter les courants fourbes de la société de consommation, prendre soin de la terre, parler pour elle. 

On ne parle bien que de ce qu’on connaît. Depuis 14 ans que nous sommes là, nous avons arpenté mille fois les mêmes crêtes rugueuses, nous nous sommes coulés dans les mêmes sentes animales, nous avons créé des liens avec les arbres, appris à reconnaître le passage du renard, le terrier du blaireau, la loge du pic, la piste du loup. Nous savons quand la biche est prête à mettre bas, quand les bois du brocard recommencent à pousser. Nous arrivons à reconnaître ce que nous appelons « les ciels de neige », et à prédire que cette dernière va arriver. Nous avons un lien si intime avec ces lieux que nous sentons en profondeur le moindre changement qui les affecte, la plus petite variation de leur humeur. 

C’est infiniment guérisseur, ce lien à la terre, qui nous fait nous sentir à notre place, au milieu du grand cercle de la vie, et qui fait aussi que nous pouvons  laisser la nature nous nourrir. Connaître le lieu où nous vivons, le connaître intimement, c’est ne plus être un étranger sur cette terre, c’est retrouver le lien trop souvent coupé, et qui est tellement nourrissant. Pour nous et pour le monde.

Mais parfois ça ne suffit pas. Parfois l’incendie vient à notre porte, très près du coeur, trop près… Et, avant de vous parler de notre guérison, nous devons vous confier notre brûlure. 

 

 

Cela a commencé avec des arbres coupés, là, juste derrière chez nous. Le sureau dont on allait cueillir les ombelles odorantes n’est plus là, ni le joli noisetier, ni les prunelliers aux épines sombres. Les arbres des chemins sont rasés. Puis ce sont ceux de la forêt: dans les grandes forêts du Vercors, les coupes s’intensifient. C’était prévisible, le gouvernement a décidé une augmentation massive des coupes de bois pour les années à venir, afin de soutenir l’industrie forestière, et de répondre aux besoins croissants de notre société; mais c’est brutal de voir ce qui n’était qu’une décision politique se manifester soudain de manière physique dans notre cadre de vie. Dans les bois qui entourent notre village, les grands arbres auxquels nous avions donné des noms disparaissent les uns après les autres, les alentours des terriers des blaireaux sont saccagés, la population de chevreuils diminue fortement. On continue notre petit travail de colibris, on essaie d’alerter, on arrive à sauver un cercle d’arbres, grâce à notre ami Michel, et le Nemeton dont on vous a déjà parlé dans une Newsletter au printemps dernier est toujours là. On garde espoir. 

 

Mais notre vie a changé, nous entendons désormais les tronçonneuses à longueur de journée, ah, le bonheur d’avoir une maison à l’orée de la forêt! Ce n’est pas vraiment comme ça que nous l’avions imaginé! A côté de ça, on n’échappe pas aux mauvaises nouvelles, et chaque jour amène une nouvelle brûlure faite à la terre, à la paix, aux liens. Les médias se délectent des propos fascistes et misogynes d’Eric Zémour, la forêt amazonienne continue d’être rasée pour que les grosses compagnies puissent augmenter leurs bénéfices, les divergences liées au covid créent en France des marées de haine, et la cop 21 est une mascarade. Dans notre vie personnelle, nous enchaînons les deuils, au sens figuré comme au sens propre, le covid a eu de lourdes conséquences sur notre activité professionnelle, nos finances sont au plus bas, nous n’avons pas pu voir notre famille britannique depuis 2019 et nous n’avons aucun espoir de les retrouver dans les mois à venir. Nous pleurons ceux que nous aimions et qui sont passés cette année de l’autre côté. 

Ça commence à brûler de plus en plus fort, mais on se dit que ça va encore. Qu’il faut se tourner vers la vie. Ne pas laisser trop longtemps couler nos larmes de deuil. Le vent du Nord souffle sa fraîcheur dessus, les dernières couleurs de l’automne sont un festival d’une beauté inouïe. Nous sommes toujours debout.

 

 

Et puis, un dimanche de novembre, nous sommes à terre. A genoux dans une prairie juste derrière chez nous. L’un de nos chats est mort là à la fin de l’été. Attrapé par un chien, broyé et secoué comme une poupée de chiffon. Malgré deux opérations, on n’a pas pu le sauver. Il y a un vieux pommier qui pousse là, et qui n’a pas encore été coupé. Je viens souvent ici, et je demande à l’arbre de dire à notre chat qu’on ne l’oublie pas, les pommiers sont paraît-il très bons pour ça. 

Mais ce dimanche là, j’ai perdu mes mots d’amour. Au milieu de la prairie, il y a le corps d’un brocard que les chasseurs viennent juste de tirer. Un chevreuil que nous suivions depuis plusieurs années, l’un de ces intimes auxquels nous donnons des noms. Celui-ci s’appelait Chevri. Notre Chevri. Assise à côté de son cadavre, je sens qu’une partie de moi s’en va, loin, très loin de la triste prairie. Quand Matt me rejoint, nous laissons la déferlante de rage nous traverser, et poursuivons les chasseurs de notre colère. Si ce n’était pas si tragique, ce serait vraiment drôle ces deux furies qui courent après des chasseurs abasourdis! Puis il ne reste plus que la tristesse. Une tristesse infinie dans la prairie vide. Nous l’appelons maintenant la prairie de la mort. Elle a bu deux fois le sang d’êtres que nous aimions. Elle n’y est pour rien. Le pommier non plus. Mais ce dimanche là j’ai reçu une brûlure de trop. Je perds ma joie et le langage du vieux pommier.

La peine nous éloigne de la vie parfois, nous emmène vers d’autres terres qu’il nous faut traverser. Nous avons traversé. Pendant de longues semaines nous avons laissé la douleur et le désespoir creuser leurs tunnels d’ombre en nous. Je n’ai pas peur de la douleur. J’ai je crois au fond de moi une immense confiance en la vie qui fait que je m’autorise à descendre dans ses gouffres, car je sens qu’elle me montrera une issue. Notre monde moderne est tourné vers la lumière comme un papillon de nuit autour d’un réverbère. Il ne veut pas voir l’ombre, comme il ne veut pas voir l’incendie. Mais l’ombre est une grande enseignante pour peu qu’on accepte de traverser ses voiles. Et l’incendie aussi, si seulement on veut bien regarder en face nos brûlures. La guérison commence ici, quand on accepte de regarder la maladie droit dans les yeux, et de cheminer avec elle.

 

 

Nous avons laissé notre tristesse incuber. Nous avons pris le temps de faire tous les deuils que nous avions à faire. Dans cette obscurité, nous nous sommes entourés d’amour: celui de notre famille qui partageait notre peine, celui de nos amis qui trouvaient les mots justes, et aussi l’immense gentillesse de certains d’entre vous, avec qui, au hasard d’un mail, nous avons partagé notre lourdeur et qui nous ont répondu avec chaleur et bienveillance. Nous nous sommes aussi entourés d’histoires, de vieux contes qui gardent les mémoires d’autres traversées obscures. De livres sur la nature. Plein, plein de livres. Mais nous sommes moins sortis dehors, nous ne supportions plus la forêt ravagée, nous n’arrivions plus à voir ce qui était encore là, nos yeux brûlés par tout ce qui manquait. Et puis nous avions peur de nous prendre une balle perdue. Une peur très légitime et raisonnable quand on voit les pratiques aberrantes des chasseurs. 

Pour guérir, il faut le temps qu’il faut. Il n’y a pas de règle. Mais, peu à peu, les tunnels d’ombre se transforment en chemins de lumière. Dans cette nuit de plusieurs mois, nous avons vu naître de nouvelles perspectives et trouvé le courage d’aller plus loin vers nos rêves. Et, avec toujours beaucoup d’appréhension, nous avons recommencé à marcher et nous immerger en nature.

Il y a une chose qui ne revenait pas pour moi. Ma joie. C’est elle que j’avais senti, physiquement senti, s’en aller au-dessus de la prairie en deuil, ce triste dimanche de novembre. Et depuis la mort de notre Chevri, j’étais comme coupée de ma connexion habituelle, de ce lien tellement évident pour moi et qui est mon cordon ombilical avec la terre, celui qui me nourrit dès que je suis en nature, celui qui fait couler mes mots comme une rivière. Nous portons tous ce cordon en nous, chaque moment heureux, chaque instant passé en nature le renforce. Mon cordon s’était brisé. Ma porte vers l’émerveillement restait fermée à double tour. 

 

 

J’avais une Newsletter à écrire sur la nature guérisseuse, et je ne pouvais pas parler de guérison sans avoir l’impression d’être dans l’imposture. Je ne pouvais pas évoquer ce lien quand je pensais l’avoir perdu. 

La semaine dernière, nous sommes allés marcher dans une forêt non loin de chez nous, la belle et sauvage forêt des Ecouges. Elle est difficile à parcourir cette forêt, avec ses pentes raides, ses ravins, ses torrents tumultueux, ses brèches d’ombre. Elle ne se laisse pas facilement apprivoiser. Mais il y a là un ancien ermitage de Chartreux tombé en ruines. Un ruisseau chantant, une cascade moussue, une source, et de vieux arbres que personne n’a coupés et qui sont morts de leur belle mort, devenant le refuge de centaines d’êtres, oiseaux  insectes, champignons, bactéries…  Dans le brouillard dense de cette journée d’hiver, ces arbres morts ressemblaient à de grandes pierres dressées, et le lieu baignait dans une ambiance solennelle. 

Juste derrière le monastère, pousse un très vieux hêtre que je voulais aller rencontrer depuis longtemps. Il est impossible de le manquer. Il est immense, large et imposant. Il nous est apparu comme un puissant et mystérieux gardien ce matin là, dans le silence blanc de la brume, avec la grande forêt farouche tout autour.

 

 

Je me suis approchée très doucement, j’en ai fait le tour, tout était tranquille, il n’y avait personne à part nous. Je me suis blottie à son tronc. J’ai posé ma joue contre son écorce. Et j’ai pleuré. Longuement. A chaque larme, c’était comme si la connexion revenait un peu plus, comme si les fils déchirés se ressoudaient. Comme si, à travers les doux lambeaux de voiles pâles accrochés aux branches, ma joie me revenait. L’arbre est encore avec moi depuis, dans chaque pas que je fais. Il chante avec les touches du clavier alors même que j’écris pour vous ces mots. Il est ma balise d’émerveillement. Il me montre les couleurs flamboyantes du coucher de soleil, la douceur de la terre sous mon pied quand la neige a fondu, les minuscules bois du chevreuil qui commencent à repousser sous la couche protectrice du velours, la magie des flocons qui reviennent; il me dit d’être attentive aux parfums des herbes sèches, à la caresse du vent du Sud. Il m’aide à réapprendre. Il ne me dit pas que tout va bien, que la brûlure du monde cessera, ni que je ne serai plus jamais désespérée. Mais simplement que je peux aller, le coeur relié et souriant, en tenant ma tristesse par une main, et ma colère par une autre, sur cette terre aux trois quarts dévastée. 

 

 

Nous n’avons pas, pour être heureux, à jeter aux oubliettes notre rage contre tous les salopards du monde ni à repousser notre peine. Mais nous devons reprendre notre joie, nous ne devons pas la leur laisser, même s’ils font de la terre une ruine. J’ai retrouvé ma joie derrière le tronc du hêtre. Il l’a gardée pour moi pendant ces longues semaines. Où est la vôtre, à vous qui venez de lire ces mots? L’avez-vous égarée vous aussi? Si c’est le cas, ce n’est pas grave, il y a quelqu’un, quelque part, qui la garde pour vous: un rayon de lumière à travers un nuage, le regard doré d’un renard, le chant flûté d’un merle, le vol lumineux d’une abeille, une pâquerette ouverte, l’éclat de rire d’un enfant, le tronc d’un arbre, les notes d’un violon… Qui garde votre joie? Quand le moment sera venu pour vous, allez la reprendre. Et marchez à nouveau. Marchez avec nous. 

La Cailleach souffle sur le Grand Blanc 2021

Un petit retour sur quelques images de l’hiver dernier. La vieille déesse de l’hiver a soufflé sur les hauts plateaux, un souffle givré qui glace la terre. Elle a étalé son châle, recouvrant les alpages et les forêts d’une épaisse couche de neige. D’un coup de baguette, elle a figé les pins à crochet, les transformant en géants de givre. Et c’était le Grand Blanc.

Nos deux stages de l’ hiver 2021 ont bien tenu leurs promesses de blancheur dans un Vercors fermement sous l’emprise des esprits du nord

La trace d’ un renard solitaire nous guide vers un pâle soleil: l’ esquisse une belle courbe sur une immense page blanche – l’ occasion de s’émerveiller, de rêver… et de travailler ses avant plans

Des ambiances magiques d’un Vercors épuré nous attendent au petit matin

Et d’étranges êtres tels des géants de givre occupent le plateau 

 

 

Les forêts se transforment en tableaux abstraits

Voici un retour en images sur les moments partagés lors de nos stages 2021

Nouvelles du stage Chercheurs du Lumière

Lumières magiques et un portail vers l’autre monde pour notre dernier stage chercheurs, juin 2021

Au moment de notre stage chercheurs de lumières, nous sommes le jour de la lune noir et au seuil de la solstice d’été. Cet autre monde, qui se tient entre crépuscule et aube, est plus sombre que jamais, mais bien sûr, c’est dans la nuit la plus sombre que l’on voit la lumière des étoiles briller. C’est une belle métaphore pour la vie et assurément un moment magique à partager au coeur de la réserve des hauts plateaux. Les millions d’étoiles sont autant de joyaux dans la voûte céleste, et parmi elles s’ouvre un portail juste au dessus du Mont Aiguille. J’ai toujours su qu’il cachait quelque chose de magique, quelque chose d’oublié, et sous la Voie lactée dans l’obscurité de la lune noir, il révèle son secret…

 

Le soleil se lève pour nous offrir un nouveau jour, et un spectacle merveilleux.

 

Le soleil se couche sur les hauts plateaux et le ciel s’embrasse comme une aurore rose

Les ambiances de sous bois révèlent aussi des secrets pour ceux qui prennent le temps et laissent leur regard aller à la rencontre des ambiances poétiques de narcisses et des dernières tulipes sauvages

Un immense merci à tous les participants pour ces moments de partage,  d’émerveillement, de connexion avec la nature et aussi pour votre confiance et votre enthousiasme bien sûr.

Voir toutes les images du weekend

Notre prochain stage Chercheurs de lumière aura lieu les 18 et 19 septembre 

Trouvez toutes les infos ici: Stage photo Chercheurs de Lumière

Brame du cerf

Petits conseils pour bien photographier le brame du cerf

Voici le retour de l’automne. Dans les forêts de cuivre et d’or, les cerfs recommencent, peu à peu, à chanter leur râle rauque. C’est la saison des amours ! Des amours qui, ces dernières années sont devenues de plus en plus prisées. Le brame du cerf est à la mode 😉

Dans les forêts de cuivre et d’or, on trouve maintenant plus d’êtres humains que de cerfs, et forcément, ça soulève des problèmes.

D’abord il y a les photographes qui photographient à l’approche. Ils se déplacent dans les bois en s’orientant aux appels profonds qui font trembler la terre. Qui remuent le ventre. Dans leur tenue de camouflage, qu’ils ont achetée une fortune sur un site spécialisé, ils se disent que forcément, on ne les verra pas. Les cerfs les entendent à des centaines de mètres, et ils sentent l’humain à plein nez, à plein muffle devrais-je dire. Ils détectent le moindre petit mouvement entre les troncs. Ces visiteurs bruyants, et facilement repérables, chez nous, on les appelle les gugus. Ceux qui débarquent pour le brame sur leur jour de congé, avec une journée, ou au mieux un week-end, pour revenir avec la photo du siècle, la même que celle qu’ils ont vue passer hier sur instagram. Les gugus n’ont pas de temps à perdre en affût, en longues attentes improbables, en repérages ingrats. Ils sont pressés. Ils veulent leur image comme d’autres leur trophée. Les gugus arrivent parfois avec un appareil photo compact. Et parfois avec des boîtiers et objectifs qui représentent des mois de salaire. Ils sont jeunes ou vieux, femmes ou hommes. Et pour tout vous dire, je crois bien que chacun de nous a, au moins une fois dans sa vie, été un gugus. Quand le gugus passe, les cerfs sont dérangés et fuient à toutes pattes, les biches, qui ne sont fécondes que quelques heures pendant la saison de brame, regardent partir l’occasion. Ces pauvres bêtes, qui passent déjà leur vie dans la peur, poursuivies par les balles des chasseurs et les crocs des chiens furieux, ont a subir un stress supplémentaire. Et les photographes sérieux, qui attendent depuis l’aube dans leur affût humide, ont des envies de meurtre. Tout ça pour une image ?

Mais la photographie animalière, qu’on se le dise une bonne fois pour toute, c’est un sacerdoce ! On s’y voue corps et âme. On sait qu’il faut des années de repérages, d’écoute et d’affûts sans succès, pour connaître les coins. Des nuits courtes, des repas pris à la va-vite. Et ensuite des heures, des jours d’attente, dans l’inconfort et l’immobilité, pour entrevoir peut-être un animal qui passe. On ne doit jamais aller à la rencontre des animaux comme un consommateur ; en photo animalière, on doit apprendre à être un mendiant. Avec une humilité totale. Avec patience. Amour. Respect. Toujours se poser la question : est-ce que je risque de déranger là, si je fais ça ? Dans les forêts de cuivre et d’or, les photographes que l’on trouve se posent peu de questions et sont rarement des mendiants…

Il y a bien entendu d’autres options, on vous entend déjà y penser, derrière votre écran. On peut payer un photographe aguerri, un naturaliste passionné, un accompagnateur qui connaît bien les lieux, un de ces prêtres des animaux sauvages, qui vivent dans leur intimité et savent leurs secrets. Il nous emmènera au bon coin, et nous pourrons l’avoir notre photo du siècle, tu sais la même que…. oui je sais je sais… Chaque année nous avons des personnes qui nous demandent un stage brame du cerf sur le Vercors, et qui sont prêts à payer des tarifs tels que nous sentons soudain deux petites cornes diaboliques pousser sur chaque côté de notre front. Elles ont une voix suave et convaincante, ces cornes, et elles répètent en boucle « dis oui, y a une fortune à se faire là ! oh dis oui ! »

On dit non. Jusqu’à présent on a toujours réussi à dire non. Et tant pis pour les factures qu’on a du mal à payer. Dans certains stages, on amène les gens voir les marmottes et les bouquetins, qui ne sont pas chassés, et qui nous laissent les approcher sans inquiétude. Mais les espèces sensibles au dérangement et qui subissent déjà une grosse pression à cause de la chasse, on leur fout la paix, surtout pendant leur saison de reproduction, on n’a pas envie d’en rajouter une couche supplémentaire.

Et là, on a envie de s’adresser à nos collègues photographes animaliers, naturalistes, accompagnateurs en montagne. On sait bien que c’est dur d’en vivre, on a les mêmes challenges que vous, et on a souvent discuté ensemble avec ce questionnement : faut-il proposer des sorties animalières à nos clients ? Leur vendre ces coins précieux que nous avons mis des années à repérer ? Leur offrir le trophée tant recherché contre quelques centaines d’euros ? Leur montrer, à ces inconnus dont on ne sait rien, sinon qu’ils ont de quoi payer, la place de brame, le terrier de renard, l’aire de tétra lyre, le nid de chouette ? C’est une chose de partager ça avec un bon ami, c’en est une autre d’en faire son business. Un jour sur une expo, un ami photographe qui se reconnaîtra peut-être nous avait dit : « j’ai l’impression d’avoir vendu mon âme au diable. » Et le diable, un arrogant fortuné et sans scrupule, et qui se foutait bien de déranger les oiseaux, avait rentré les coordonnées GPS du lieu où nichaient des chevêchettes, avec la ferme intention d’y revenir jusqu’à ce qu’il ait réussi à l’avoir, la fameuse photo, tu sais celle sur facebook… oui je sais je sais… Il en a même fait une expo…

Et en même temps, on ne peut pas leur en vouloir à ces clients qui sont prêts à payer des fortunes pour tenir entre leurs mains le Saint Graal. On ne peut pas leur dire : on t’emmène, tu y goûtes, et après tu ne reviens jamais ici. Tu ne fais pas d’expos avec. Tu te tais, tu oublies. On peut éventuellement leur bander les yeux, pour qu’ils ne puissent pas retrouver le chemin du lieu sacré, mais c’est pas très pratique pour la photo, et il y a un sérieux risque d’entorse. Ou les faire disparaître une fois qu’on a fait le boulot, c’est radical certes, mais au passage ça supprime le risque d’entorse. Les forêts de cuivre et d’or seront peut-être un jour creusées de tombes mystérieuses 😉

Soyons un peu sérieux, la plupart des clients, les nôtres en tout cas, sont des gens chouettes, des vrais amoureux de nature, des personnes respectueuses. Mais tous ne sont pas comme ça, on le sait bien. Quand on propose un stage photo, et qu’on le met en ligne, accessible à chacun, on ne peut pas trier sur le volet. On prend ceux qui viennent. Et si le diable est dans la liste d’inscrits ?…

 

Peut-être y aurait-il d’autres manières de faire ? Nous posons la question… Mais même dans ce cas, avec les offres de stages photo qui se multiplient partout et la demande de plus en plus forte, ça pose des problèmes. S’il y a un photographe qui emmène 3 personnes faire le brame, c’est déjà compliqué, mais s’il y a 3 ou 4 photographes qui font la même chose dans le même coin ? Chez nous sur le Vercors, entre les stages brame, les balades brame, les rando brame, les bivouac brame, ça devient vraiment tendu. Répétons-le encore une fois, il s’agit de la période de reproduction, c’est pas rien, c’est l’avenir de la harde qui se joue ici. Et dans les secteurs « populaires », le comportement des cerfs et biches a vraiment changé depuis dix ans que nous les photographions.

Beaucoup de copains photographes, quand on aborde ce sujet, nous répondent de manière très pragmatique : les autres le font, si je ne le fais pas, ça ne s’arrêtera pas pour autant, et un autre aura la part du gâteau à ma place. Bien des horreurs se sont justifiées au cours des siècles avec cet argument. Et si notre monde est dans cette merde c’est parce qu’on n’arrête pas de se dire ça, les autres le font… Les autres traversent le monde en avion pour photographier des ours polaires ou des manchots. Les autres proposent des prestations et des séjours de plus en plus spectaculaires, et de plus en plus loin, des ours et des loups en Slovénie, en veux-tu en voilà, des safaris, des prises de vues en hélicoptère, des traversées en quad, y a qu’à taper sur google et la nature entière est à vous ! Les autres le font, plein d’autres. Bah nous, on le fait pas. Voilà. Comme quoi c’est possible. On ne rajoute pas une pression supplémentaire sur la faune sauvage, ici ou ailleurs, qui morfle déjà bien assez. On évite de trop gonfler le bilan carbone planétaire. De rentrer dans cette course folle du toujours plus et toujours plus loin. On est trop nombreux sur terre, et le monde sauvage se rétrécit de plus en plus, on ne peut pas se permettre de rajouter ces pressions supplémentaires. On ne peut plus se comporter comme si on était seuls à habiter la terre, à faire de la photo, à proposer des séjours. Et puis, entre nous soit dit, payer un photographe pour aller photographier les cerfs, c’est comme acheter ses girolles au supermarché : il manque le plus important, ce qui donne sa saveur à la chose : la quête sous les arbres silencieux, l’espoir des petits matins pluvieux, le miracle de la patience récompensée.

On a bien conscience, avec cet article, de mettre, de manière un peu brutale, les pieds dans le plat du business de la photo animalière. Du business de la photo tout court. Mais voilà, on n’aime pas ce que la photographie de nature est en train de devenir, on refuse cette manière consumériste d’aller vers les animaux sauvages. D’exploiter la vie pour se faire de l’argent dessus. Ou juste pour avoir une belle image et sentir gonfler son ego.

Depuis plus de dix ans nous essayons de marcher sur une autre voie, un autre rapport à la nature. Où la photographie est une manière de rencontrer le monde, avec une tendresse curieuse et pleine de respect. Où l’on ne se contente pas de photographier, où l’on apprend à voir. Une manière aussi de se relier et se suffire à soi-même, sans nourrir l’ego démesuré et son éternel besoin de reconnaissance. Dans notre vision de la photographie de nature, c’est d’abord la nature. Et ensuite la photo. Alors oui, nos conseils pour le brame du cerf ne sont certainement pas ce que vous attendiez. Mais nous espérons qu’ils parleront tout de même à votre cœur et à votre bon sens.

Et pour terminer, une petite liste de conseils faciles à appliquer pour profiter de ces moments magiques sans porter préjudice à la faune sauvage.

  • Primum non nocere. En premier, ne pas nuire. Ce précepte, qui vient de l’antiquité, est aujourd’hui encore le premier qu’apprennent les étudiants en médecine. Posez-vous toujours la question : est-ce que ce que je m’apprête à faire là risque de nuire aux animaux que je suis venu rencontrer ? Si la réponse est oui, abstenez-vous.

  • Acceptez une fois pour toute que vous ne ferez pas de belles photos animalières sans vous donner du mal, et sans vous laisser le temps pour cela. Si vous n’avez pas le temps, ou pas l’énergie, contentez-vous de vous asseoir en bordure d’un chemin, ou faites un affût sans vous mettre la pression, et écoutez la magie du brame. Les oiseaux qui chantent. Le vent dans les feuilles. Ecouter c’est aussi fabuleux que de voir. Et infiniment ressourçant. Laissez tomber toutes vos attentes, savourez juste le fait d’y être, là, maintenant. Et si un animal vous fait le cadeau de sa présence, prenez-le comme un miracle.

  • Interrogez-vous sur vos motivations profondes à faire de la photographie animalière : qu’est-ce que je fiche ici ? Est une très bonne question à se poser. 1/ Est-ce que je suis là pour savourer les couleurs, la brise fraîche d’automne, le miracle d’une rencontre animalière ? Parce que ce silence et cette solitude me font vraiment du bien ? 2/ Est-ce que je viens pour ramener une belle image ? pour avoir quelque chose à montrer au club photo  ou à poster sur facebook? Pour un projet de livre ou d’expo ? Entre 1/ et 2/ à votre avis, lequel fera le moins de conneries ? Lequel sera le plus heureux ? 😉

  • Photographiez toujours les cerfs et les biches en affût, jamais à l’approche. L’approche dérange beaucoup plus, et maintenant qu’il y a de plus en plus de monde dans les forêts pour écouter, photographier ou observer les cerfs pendant le brame, l’approche est tout bonnement une aberration. Même une approche faite dans les règles de l’art et avec des précautions infinies, s’il y a 50 personnes qui font ça dans un coin, c’est la zizanie. Les affûts volants, qui sont une forme d’approche déguisée, sont tout aussi nuisibles. Si vous ne supportez pas de rester en affût, si ça vous fait mal au dos, si ça vous ennuie… oubliez la photo animalière;-)

  • Installez-vous en affût avant le lever du jour le matin, et quittez l’affût après midi lorsque les cervidés font la sieste. Entre temps, ne vous déplacez pas, restez silencieux et immobile, comme le tronc d’un arbre. Pour le soir, arrivez en milieu d’après-midi, quand les bêtes sont en train de se reposer. Et ne quittez l’affût de nuit que lorsque les cerfs ont déserté la place.

  • Photographiez avec une housse anti-bruit, afin que vos déclenchements ne soient pas entendus. Ou au pire avec une grosse écharpe en polaire enroulée autour du boîtier et de l’objectif. Ne photographiez pas les animaux s’ils sont trop près de vous et qu’ils risquent d’entendre le déclenchement. Contentez-vous à ce moment là de savourer cette proximité qui est un fabuleux cadeau ! Cessez de photographier si l’animal montre un signe d’inquiétude. Oubliez le mode rafale.

  • Il y a un gros business autour de la photographie animalière, avec des tas de vêtements spécialisés, des tas d’accessoires, du matériel photo hors de prix. Ne tombez pas dans le piège de la consommation à outrance. Des vêtements aux couleurs neutres qui rappellent les lieux où vous affûtez, achetés d’occasion c’est encore mieux, ou au surplus militaire. Des tenues chaudes, en laine de préférence car c’est bien pour les odeurs. Mais restez simples. Le plus important est d’être immobile et silencieux. Si vous portez une guillie et que vous parcourez la forêt avec, on ne verra et on n’entendra que vous ! Et les cerfs, qui vous montreront leur cul en prenant la fuite, soupireront, « et zut, encore un gugus, y en a de plus en plus dans cette forêt, faudrait peut-être les réguler un peu non ? »

Vous trouverez dans les magazines spécialisés des tas d’articles qui vous donneront des tas de conseils plus « techniques ». Vous l’avez compris, malgré le titre alléchant (et oui, on a été un peu coquins), ce n’est pas le sujet ici. Si vous suivez nos conseils, vous aurez peut-être la chance de faire une belle rencontre, mais rien n’est garanti. Jamais. C’est pour ça que c’est si beau. C’est là qu’est la magie. Et ce qui est certain en tout cas, c’est qu’avec un peu plus de respect et de bon sens de notre part à tous, les cerfs et biches seront plus heureux et tranquilles, cachés dans les forêts de cuivre et d’or. Et si vraiment nous aimons la nature, vous devons savoir que c’est ça le plus important, non ?

Et surtout, s’il vous plaît, s’il vous plaît, ne soyez pas des gugus ! On compte sur vous. Et les cerfs aussi 😉

Pourtant le lièvre…

Pourtant les violettes s’ouvrent dans la prairie mouillée. Les crocus fanent à côté, pâles et souriants. Pissenlits et plantains, un peu plus loin, dressent bravement la tête au milieu des herbes jaunies de la saison passée. Je reviens du torrent, j’ai encore la chanson de l’eau dans la tête, comme ces refrains qui s’attardent et qu’on fredonne sans même y penser.

Et cette autre musique, sombre et obstinée, le requiem d’un monde trébuché, la brûlure du monde, je n’ai même pas besoin d’écouter les informations pour la sentir, je l’ai plongée à l’onde fraîche du ruisseau, mais elle gémit encore, lancinante sous la peau.

 

Pourtant ma marche est tranquille, et la terre

Infiniment douce sous le pied.

Le soleil arrange tendrement son nid derrière les cimes d’arbres

Et se berce en frissons dorés.

Et puis

Juste là sous mon pas

Dans ce creux de prairie

Un lièvre a laissé quelques poils accrochés à l’herbe

Elle semble plus verte au mystère de son passage.

J’aime cette manière de deviner les animaux sauvages, sans les voir. Sans la crainte de les effrayer ni l’envie de les retenir. Ils ne sont plus des visions qui s’éloignent et qu’on croit avoir rêvées. Je les sens finalement plus réels et plus proches dans les poils, plumes, empreintes que je trouve, dans les coulées frottées de leurs odeurs, dans les crottes luisantes qui racontent leur repas et un peu de leur histoire. Et je peux prendre le temps de les rencontrer.

La petite touffe de poils, dans ma paume de main ouverte, est toute légère. Je la regarde longuement, la bourre blanche et cotonneuse, douce comme un duvet d’oisillon. Et les longs poils sombres, avec juste cette touche délicate d’ambre vers le haut, pas tout à fait au bout, une égratignure de soleil qui s’allume comme un enchantement.

Il s’est couché dans les plis de l’aube

Peut-être

A-t-il vu, lui aussi, le fin croissant de la lune d’hier

Elle cligne malicieusement de l’oeil

Et l’étoile du berger

Sagement assise à côté. Peut-être

Fait-il osciller, très lentement, ses longues oreilles pointées

Aux murmures infimes de la nuit.

Elles attrapent des sons que j’ignore,

Le frottement d’un insecte sur un brin d’herbe,

Le battement de la terre sous le pas du chevreuil, le gémissement

D’une feuille morte enlacée par le vent.

Le souffle des ailes de la chouette juste avant

Qu’elle fonde sur sa proie.

Si j’étais là, entendrais-tu

Mes yeux qui se ferment

Et mon cœur qui bat ?

Il s’est gratté sous les étoiles

Peut-être

Et s’est endormi ici, sans faire de manière.

Le lièvre n’a pas de maison,

Ni terrier, ni tanière, ni fissure rassurante, ni même

Le réconfort d’un autre où se blottir.

Il dort nu comme un mendiant, la terre est son berceau, et le ciel silencieux

Son unique gardien.

Il n’a que son corps pour refuge, vivant et chaud et alerte, sous les poils sombres.

Je me demande comment c’est

Cette vie de vagabond, et s’il a peur

Comme mon monde quand

Ses remparts s’écroulent

Quand ses innombrables assurances ne lui servent plus à rien

Quand il chancelle et réalise qu’il ne peut pas tout contrôler.

Je m’assois dans l’herbe mouillée

Où il s’est couché, je n’ai pas besoin de fermer les yeux

Pour sentir ce qu’est la vulnérabilité.

Elle va avec la vie, mais parfois je l’oublie.

Parfois je me cramponne à des rubans légers, à des promesses sans racines, et je voudrais

Tellement, tellement

Que quelqu’un me jure que tout ira bien.

Le chant des oiseaux ce soir est un vertige limpide

Et ne fait aucun serment.

Le soleil rabat sa capuche sur ses lèvres serrées

Puis disparaît, l’herbe a trempé mes cuisses.

Je frissonne doucement. Tout peut arriver. C’est la vie

Incertaine et sauvage.

Pourtant

Le lièvre a dormi dans la prairie.

L’Arche de Jörmungandr

L’arche de Jörmungandr

Odin convoqua Loki et, d’ un air sévère, lui dit «  tu as des enfants Loki »

Loki prit son air innocent et répondit «  Bien sûr Odin. Mon épouse, Sigyn m’a donné deux très beaux fils. J’ai beaucoup de chance »

« Pas ces enfants là », rugit Odin. « Tu as passé du temps loin d’Asgard dernièrement . Et pendant tes absences, tu as partagé le lit de la géante Angerboda. Elle t’ a donné trois enfants. Des enfants monstrueux. Je l’ai vu. »

Loki avait beau être maître dans l’art du mensonge et de la manipulation il ne pouvait pas nier ce qui avait été révélé à Odin.

Odin craignait que les trois monstrueux enfants de Loki deviennent grands et puissants et qu’ un jour ils représentent une menace pour les Dieux. Aussi, il envoya les Dieux Thor et Tyr les capturer.

Après un long et dangereux voyage vers le royaume des géants de glace, ils parvinrent à capturer les enfants qui jouaient sans protection dans la demeure d’ Angerboda.

Ayant ramené les enfants à Asgard, Thor et Tyr les présentèrent à Odin afin qu’il décide de leur sort.

Le premier enfant, une fille, nommée Hel, était bien étrange. La moité de son corps était celui d’une belle jeune fille pleine de fraîcheur, mais si on se tenait de l’autre côté, on voyait le profil terrifiant d’un cadavre. Odin décida de l’envoyer à Niflheim créer son propre royaume, Helheim, où elle régnerait sur les morts. Hel préférait la compagnie des morts, qui la regardaient avec respect, là où les vivants la regardaient avec horreur. Aussi, elle remercia Odin et partit.

Le deuxième enfant était un loup redoutable nommé Fenrir. Craignant sa force et sa puissance, les Dieux réussirent à tromper Fenrir en le convaincant de se laisser attacher par jeu avec la chaîne Gleipnir, une chaîne magique qu’aucun être ne pouvait briser. Cette trahison coûta à Tyr son bras droit, qu’il avait placé dans la gueule du loup en gage de bonne foi !

Le troisième enfant était un serpent du nom de Jörmungandr. Jörmungandr crachait du poison puissant et il ne cessait de grandir alors Odin décida de le jeter à la mer, là où il ne présenterait aucune menace pour les hommes et pour les Dieux. Aujourd’hui il est devenu tellement grand qu’il encercle tout Midgard, la terre des hommes, mais avant d’atteindre cette taille, il a laissé quelques traces de son passage.

Les eaux se déchaînent après le passage agité de Jörmungandr.

Nous ne savons pas précisément où Jörmungandr a été jeté à la mer, mais je suis certain que ce fût sur la péninsule de Snaefellsnes en Islande. Il a été relâché sur les rivages de Djupalonssandur. Pris de colère il a brisé la roche pour passer au travers laissant un trou de la taille d’un homme. Vous pourrez encore voir ce trou au-dessus des pierres à soulever avant d’arriver à la plage. La mer de Djupalonssandur est encore déchaînée après l’agitation de Jörmungandr, furieux de se retrouver dans cet océan glacial.

Le temps d’arriver jusqu’à Arnarstapi, il était déjà devenu énorme, comme en témoigne l’arche de Gatklettur avec son trou parfaitement rond, créé lorsque Jörmungandr à glissé à travers la roche de lave.

Il fit encore deux trous géants dans les falaises avant de disparaître dans la mer et des vagues jaillissent encore aujourd’hui de ces gouffres pour surprendre les promeneurs.

Si vous avez la chance de vous promener le long des côtes sud de Snaefellsnes vous pourrez voir les traces de ce passage plein de puissance et de furie. Espérons que vous ne verrez pas le serpent de Midgard lui-même !

La tête immense du serpent de Midgard.

Newsletter Janvier 2020

Le vrai miracle est de marcher sur la terre

 

En ce début d’année et de nouvelle décennie, c’est le mot miracle que nous avons envie de partager avec vous. Et cette magnifique phrase du sage Rinzaï, Lin Tchi : « Le miracle n’est pas de marcher sur l’eau ou sur le feu, le vrai miracle est de marcher sur la terre. »

L’année 2019 a vu passer de nouveaux désastres écologiques et humains, les forêts d’Amazonie et d’Australie en feu, les images bouleversantes des koalas qu’on tente de sauver, des guerres et des populations meurtries qui nous rappellent le côté obscur de l’humanité, des conflits sociaux, des montées d’extrémisme, et toujours plus de peur et de pessimisme dans nos esprits. Il n’est pas simple de garder espoir pour notre planète en ce moment, et parfois on peut se sentir accablés, impuissants, démoralisés par ce qui se passe dans le monde et chez nous.

Quand cela nous arrive, quand le désarroi prend le-dessus, nous avons une solution toute simple : nous pouvons aller marcher sur la terre. Des pas pleins d’amour et de conscience, un souffle paisible, le cœur ouvert à toutes les merveilles du chemin. Car cela est là aussi, la terre est belle encore, et notre présence ici est un miracle. Il ne s’agit pas d’oublier ou de nier ce qui ne va pas, ce qui a été détruit et définitivement perdu par bêtise et inconscience, et les périls qui nous menacent. Juste regarder et chérir ce qui reste, en prendre soin, car c’est cette lumière-là qui nous donne le courage de changer les choses, d’y croire encore. Croire au miracle.

Croire que les hommes et les gouvernements vont s’éveiller et qu’un avenir radieux est possible pour notre planète, pour notre humanité.

 

Et tout commence par ce pas que nous faisons. Un pas solide et éclairé. Notre pas à nous. Quand on se met en chemin sans plus se soucier de savoir si les autres vont suivre. Quand on décide de poser des actes concrets pour la terre, que ce soit en changeant nos modes de consommation, en faisant davantage attention à nos déchets, en nous engageant dans des actions pour aider les autres, en essayant d’apporter de la bienveillance et de la joie autour de nous, en partageant ce que nous avons déjà appris. En cultivant la paix, l’amour, la joie en nous, au lieu d’attendre que cela tombe du ciel.

Un pas puissant. Car nous avons du pouvoir, un pouvoir immense, pour faire de ce monde un espace où il fait bon vivre. Chacun de nous porte en lui ce miracle. Il suffit d’y croire, il suffit d’essayer. C’est en nous que cela commence.

Le vrai miracle est de marcher sur la Terre. De nous souvenir qu’elle est vivante, précieuse, féconde. Que notre vie est un incroyable cadeau. Nous pouvons honorer ce temps qui nous est donné ici et choisir une vie riche, pleine de sens et de compréhension. Choisir la gratitude. Choisir la lumière.

Nous qui sommes photographes, nous savons à quel point le regard que nous portons sur le monde lui donne sa couleur, sa saveur, sa beauté. Nous savons aussi qu’on a vite fait de dériver vers un rapport de consommateur avec la nature, où l’on prend sans donner en retour. Il suffit que nous regardions profondément la nature pour sentir qu’elle nous regarde aussi. Il suffit d’écouter. La clé est dans cet échange, ce lien, cette conscience que nous ne sommes pas séparés de la Terre. Nous vous invitons à sortir à sa rencontre, aujourd’hui, dans les jours qui viennent. A marcher sur la Terre. Marcher vraiment, avec vos pieds et votre cœur, pas avec votre tête 😉 A voir l’extraordinaire richesse de la nature, à sentir que vous faites partie d’elle, comme une goutte d’eau fait partie de la rivière, comme une feuille fait partie d’un arbre. A vivre ce miracle-là. Qui est en effet bien plus puissant que celui de marcher sur le feu ou sur l’eau. Et peut-être aurez-vous envie de demander à la planète ce que vous pouvez faire pour elle. Et peut-être, aussi, sentirez-vous sur le chemin que vous n’êtes pas seuls à marcher. Que d’autres vont à côté, avec la même foi, le même amour, le même sourire. Soyez certains que nous serons de ceux-là.

Pour que chacun de nos pas sur terre puisse être un acte de guérison. Pour qu’ensemble nous puissions accomplir des miracles !

Voyage photo Islande

Un retour en mots et en images sur notre dernier voyage en Islande… Nous partageons avec vous un extrait inédit du récit poétique de Sandrine, « Lisières », et, en bas de page, nos dernières images de ce pays étrange et sauvage qui nous fait naviguer aux frontières du réel… Prochain départ avec un groupe en mars 2020!

 

LISIERES, marche islandaise entre les mondes (extrait)

Mon amour, on vivrait ici, oubliés dans les longs mois d’hiver. Les jours avanceraient en lents cortèges de vieillards blancs sur la terre désolée, la terre radieuse, la terre sauvage qui parle au-delà du temps. Tout serait très ancien, un monde bruissant d’histoires venues de loin, de dessous les grandes plaines torturées. Tout serait frais, figé dans une naissance éternelle. Et le ciel au-dessus, plissé, tordu, fendu de lueurs comme des cris, le ciel n’en finirait pas de raconter. On ne comprendrait pas tout mon amour, c’est une si vieille langue celle de la Terre. Mais on écouterait, sans fin. Notre pas grand ouvert. Et on laisserait la lumière entrer dans nos yeux.

On marcherait. Encore et encore. On traverserait les jours gris, les jours d’or, les jours blessés, les déserts de lave, les prairies de lune soufflée. Parfois sur tes genoux, tu déplierais une carte usée par le vent et la pluie, ton doigt suivrait les lignes et les courbes, et tu dirais qu’il est fou de vouloir emprisonner sur du papier les montagnes d’ici. Tu murmurerais les noms étranges des lieux, enroulés à ta bouche comme des incantations, mystérieux comme les vertes aurores. J’écouterais leur musique, je me laisserais emmener au navire de tes mots. Emmène-moi, emmène-moi à la lisère des mondes…

 

 

Nouvelle galerie d’images: « Troubles »

Nous avons le plaisir de partager avec vous cette toute nouvelle galerie d’images, où la poésie, la sensibilité, l’imaginaire, sont à l’honneur. Des images troubles et troublantes parfois, qui nous emportent par-delà les rivages de la réalité, pour mieux rencontrer l’âme des paysages, des arbres, de l’océan, et se rappeler que la Terre est vivante… Oubliez les chaînes de vos repères et laissez-vous emporter…

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