Archives de catégorie : Emotions

Voyage avec la lune

C’est ce soir. Elle est pleine la lune, on l’attend. Elle va prendre son temps pour monter les hautes falaises de Roche Rousse, leur muraille rose fond déjà dans la nuit. Dans notre maison, j’ai coupé l’électricité, je leur ai juste dit, c’est ce soir, et nous avons joyeusement allumé les chandelles. En nous rapprochant un peu plus les uns des autres. Comme les hommes d’avant, collés autour du feu, et qui allaient au même souffle que la terre.

Nos voix dansent aux flammes des bougies

L’ombre au-delà, comme une bordure de velours

Et le rêve déjà, s’entrouvre en murmurant, c’est ce soir…

Puis la forêt. Nous marchons sur le sentier, dans ma main il y a le poids familier de la lanterne. Je la porte en retrait, un peu derrière la hanche, oui, marcher devant, et simplement la savoir là. Elle n’éclaire pas vraiment, la lanterne, mais jette des reflets mouvants sur le feuillage au-dessus, qui fait couler sur nous des caresses fauves, et c’est comme un tunnel, magique et vivant, on se laisse avaler avec ravissement. Les troncs des hêtres surgissent de chaque côté, tremblants et pâles, puis s’évanouissent, tandis que vient, du fond des bois, un cri qu’on ne reconnaît pas.

Un soupçon d’inquiétude peut-être… juste ce qu’il faut pour être vraiment là, le cœur et les tripes éveillés, j’aime ça. Et chaque pas, solide et doux, qui cherche la terre, les genoux un peu plus fléchis que d’habitude, le pied attentif, le corps souple et silencieux, animal. Ça crie à nouveau, par-delà la chair humide de la nuit, puis un froissement d’ailes, là, juste au-dessus du frisson dans mon cou. Je sursaute, Matt rit tout bas, il y a des choses qui ne changent pas…

C’est ce soir, on devine la grande clairière, sa lueur de jade mouillée d’ombre, et, bientôt, la chanson des hautes herbes sur les jambes. Le premier épicéa, immense, longue courbure de branches qui invitent cérémonieusement à entrer. La lune est cachée encore, et déjà tout est clair. Des tapis d’euphraise scintillent et déroulent le chemin jusqu’à la falaise qui plonge vers la Bourne en bas. On s’arrête là, à la lisière étrange des mondes. On s’assied et on ne dit rien. Ni parole, ni chanson, ni prière. Ce soir, on veut juste être avec elle. L’attendre doucement, sereins, sans impatience. Etre là, comme les sept épicéas que je compte devant nous, ils se tiennent silencieux, gardiens anciens du sanctuaire. Etre là comme les chouettes immobiles et farouches, comme les pierres de calcaire éparpillées au bord de la clairière. Comme la sauterelle qui grince d’amour aux étoiles et suit humblement son petit fil de vie, sans imaginer que le monde lui appartient. Oui être là avec elle, avec eux, avec toi. Ma tête sur tes cuisses et l’odeur sucrée de la terre, des chamois grattent les feuilles mortes derrière nous, je m’endors un peu je crois, la nuit est blanche comme un matin.

Et soudain, cette poussée énorme de lumière, cette fissure au crâne de la falaise rousse, et la lune est là, ronde et ruisselante, tendrement soulevée par les branches des sept sages. On se lève, et on marche vers elle. Tellement belle.

Le retour est un voyage, on la laisse nous emporter. Dans la forêt d’opale, sa lumière coule entre les arbres, s’étale en cercles d’argent, sur lesquels on pose le pied, délicatement. Elle glisse des anneaux de nacre à nos doigts, souffle sur nos joues, cascade à nos voix.

Sur les troncs des hêtres, elle enroule

En bleu et gris, des aquarelles

Que ma main frôle, miracles éblouis.

Et quand on sort sur la prairie

Là, juste avant

De regagner le port paisible de notre maison

Elle allume au bord du sentier

Des frissons d’écumes argentées, des lumières en bulles, des étoiles givrées

Poussées là dans l’herbe qui n’en revient pas

je me penche pour comprendre, et puis non

Je n’ai pas envie de savoir

Je veux juste rêver encore un peu

Garder encore un peu mes yeux d’enfant

Et voler en enfonçant mes doigts blancs

Sur la crinière douce tellement de la lune

Qui file sur le Plateau endormi.

Retour vers les Highlands d’Ecosse, été 2019

Il y a des lieux vers lesquels on revient toujours, et l’Ecosse est pour nous de ces lieux là… Inlassablement, nos pas sont guidés vers ces Highlands et ces îles sauvages, écartées du monde, mystérieuses et pourtant familières. Voici en images ( galerie en fin de page 😉 )et en mots, un aperçu de notre été là-haut, dans les landes humides où le coeur de la terre bat plus fort, et au bord de ces plages infiniment lumineuses qui nous font voir la vie plus simple, plus claire et plus belle. Nos filles sont venues avec nous cet été, et chacune a apporté avec elle une manière de vivre l’Ecosse. Peu de photos, juste la vie au grand air.  Nous marchons beaucoup, sur les sommets aux belles courbes qui appellent le randonneur, sur les baies blanches et solitaires, dans les tourbières balayées de vent. Et nous restons assis…  à écouter le temps qui passe, délicieusement lentement. Sandrine, souvent, sort son carnet et écrit la lumière d’ici, le parfum d’ici, et l’ancienne sagesse couchée dans les montagnes. On se baigne dans des lochs oubliés, on s’endort dans le creux d’un rocher. Un cerf curieux vient nous réveiller… Les jours passent comme un rêve. Et, quand il est l’heure de partir, on se retourne pour regarder les petits bouts de notre coeur, éparpillés sur les Hautes Terres d’Ecosse, comme des miettes de Petit Poucet… 

Je voudrais rester là, longtemps

Et regarder le monde à travers le machair.

Autour de moi grandissent, souples et légères, et tendrement abreuvées de soleil, les plantes d’ici. Je vais pieds nus au milieu d’elles, je connais le nom de chacune, trèfle rose, plantain, campanule, la pâle reine des prés, la carotte sauvage,dansée suavement dans la brise, et celle-ci qu’ils appellent silver weed, l’herbe d’argent aux douces dents de velours gris. La camomille aussi parfois, et des chardons roses bouches d’enfants arrondies, chantent parmi les autres belles. Leurs noms, je les lance au vent comme des incantations. Elles sont toutes mêlées les unes aux autres, sans faire de manière, il y a si peu de place pour vivre, si peu de temps pour les festivités. Leur luxuriance joyeuse dessine un fin ruban de verdure entre la lande austère et l’aridité blanche des dunes. Et la mer au-delà.

Comme c’est bon

De regarder la mer à travers le machair

Bleue, tranquille et pâle, un peu surprise

De tant de douceur et peut-être

Que c’est pour cela qu’elle se laisse rêver

Qu’elle s’offre des turquoises de Caraïbes

Des transparences échouées

Des îles comme des caresses à l’horizon.

C’est un petit miracle le machair, une chevelure tressée de terres fertiles, sous les seins gonflés des montagnes. Les hommes d’ici le disent fragile, ils ont planté des panneaux comme des gardiens. Sans ces quelques mètres de vie serrée face au désert, ils n’ont plus rien. La rage du vent et le ventre qui crie. Alors ils en prennent soin, depuis toujours, et le nourrissent d’algues généreuses. Ils y déposent aussi leurs morts, dans de lumineux cimetières, comme des offrandes sous le ciel gris. Les fleurs sauvages poussent autour. C’est beau, je voudrais rester là

Longtemps

Et regarder les hommes à travers le machair

Des hommes debout et sages

Qui vont lentement sur la terre

Et prêtent attention à chaque pas qu’ils font. La pluie vient,

Car toujours ici vient la pluie.

Elle coule comme une berceuse de mère. Le machair tête doucement, en penchant ses fleurs mouillées. J’y plonge mon nez, je voudrais garder ce parfum, ces couleurs, cette force sereine sous mes pieds, cette confiance et la lumière

Ruisselée au bleu de la mer

Je voudrais rester là longtemps

Regarder arriver l’automne flamboyant,

Ses bracelets d’arc-en-ciels

Jetés sur l’océan et le vent

Emportera le sucre des plantes fanées

Et ce sera beau encore, même quand

L’hiver déposera ses longues nuits comme des voiles

Sur le vert éteint des prairies

Qui viendront renaître aux aurores boréales.

Oui je voudrais tellement rester là

Pour regarder, entre deux tempêtes, la danse du machair d’hiver

Aux cieux brodés d’étoiles, et les nuages gris glissés

Mystérieusement

Comme de nouvelles herbes d’argent.

 

Retrouvez toutes nos photos d’Ecosse dans notre galerie Ecosse:

 

Séjour Photo Ecosse 2018

Un petit retour sur notre séjour Photo en Ecosse à l’automne 2018.

Comme à chaque automne nous nous retrouvions en Ecosse à l’automne dernier à guider un fabuleux groupe à travers ces mystérieuses ambiances, ces paysages scintillants entre les gouttes de la dernière averse et les rayons de soleil de l’éclaircie suivante.  Chaque année nous arpentons ces terres au moment du nouvel an celtique, au moment de Samhain. C’est une période pleine de magie, inspirante, tissée d’ombre et de lumière, une période où il est bon d’être en Ecosse…

Sigrid contemple la beauté surréelle de ce double arc en ciel – des lumières typiquement écossaises que nous retrouvons chaque année à cette période magique.

Ann Marie avance sous un ciel tourmenté sur fond du Old Man of Stoer. A cette saison de ciels bousculés et de lumières changeantes, la Cailleach ramène l’hiver pour reprendre possession de ses terres cédées à Brigit pour la moitié claire de l’année. C’est une transition qui nous offre des ambiances fabulueuses.

 

L’ongle de la Cailleach perce les nuages et griffe lentement the Sound of Ramsay sous notre regard subjugué. Un moment fort du voyage: après une belle marche avec des vues à couper le souffle, nous prenons un temps pour nous poser et nous relier aux lieux et à l’âme des terres écossaises, grâce à un petit rituel proposé par Sandrine. Au milieu de l’immense tourbière dorée, toute baignée de silence recueilli, nous nous tournons vers la mer au loin et la lumière nous est offerte comme un miracle!

 

Samhain, Oh ma saison de nuit, de mystère, de sauvages silences… Octobre s’évanouit dans un râle, et je retrouve la lande âpre et les sentiers boueux. J’ai laissé mes fardeaux derrière moi et je marche d’un pas heureux sous le ciel gris, les paysages glissent, les falaises surgissent et disparaissent. Le monde passe. La chanson des cascades. Le frisson sur la peau mouillée. Les rideaux de pluie lentement descendus sur les tourbières. La pluie ici n’est jamais triste et morne. Toujours elle est soufflée d’espérance, ourlée de lumière. Comme la Cailleach qui rit à l’ombre de ses voiles. Elle court et déjà s’évanouit, dans un murmure de robe de soie.

Sandrine Booth

 

Soirées studieuses dans notre chaleureux hôtel. Là c’est à Matt de proposer des rituels ( de dégustation). Slàinte Mhath! Comme on dit en Ecosse

On se sent tout petit sous ce ciel plombé – les ambiances de Glencoe, scène du tristement célèbre massacre des MacDonalds. 

 

Sandrine et Muriel savourent un temps bien Ecossais – pas d’inquiétude, avec les petits déjeuners que nous avons mangé, elle ne risquent pas de s’envoler!

 

Yann reçoit une visite surprenante d’un cerf bien curieux!

 

des Etres du Sidhe? En tout cas il y a quelque chose de féerique ici

 

Merci pour les moments de magie partagés, et merci d’avoir su savourer tout ce que ce voyage avait à vous offrir. 

A tout bientôt en Ecosse? 

Sandrine et Matt

Revivez notre séjour en images dans la galerie ci dessous

 

Retrouvez notre séjour de Samhain dans les Highlands et Islands d’Ecosse ici

Stage photo Vercors : chercheurs de Lumières

Superbe lumières sur notre stage photo Chercheurs de Lumières

C’est toujours un bonheur de faire ce stage un peu plus physique, mais tellement magique avec la nuit sur les hauts plateaux du Vercors. Les conditions de météo n’étaient pas simple, mais les lumières ont été d’autant plus variées et nous avons vraiment pu vivre un moment fort avec une nature si présente. Bouquetins, orages, éclaircies, pleine lune, champs de trolles d’Europe et des tulipes sauvages bien tardives. Des moments de photo mais aussi de connexion avec l’essentiel pour un super groupe. Malheureusement il faut attendre l’année prochaine pour refaire le stage….

Moment de furie et lumière éphémère – les dieux se déchaînent sur le Mont Aiguille avant de l’engloutir.

 

Les bouquetins se promènent dans les champs de trolles – mélange de cornes et d’or… moments magiques

 

 

Les stagiaires aussi se promènent dans ces champs dorés sous un ciel bien chargé.

 

Pleine lune sur les hauts plateaux avec quelque brumes pour rendre l’ambiance bien mystérieuse.

Quelques moments de douceur à photographier l’emblématique tulipe australis allongés dans les fleurs et le fenouil des alpes dont le parfum nous transporte lors de nos pauses photos.

Merci encore au groupe pour les moments de partage, de complicité et de confiance.

Prochain stage photo chercheurs de lumières sur les hauts plateaux du Vercors, juin 2020.

Dans la brume des Hauts-Plateaux

En souvenir d’un merveilleux moment partagé dans la brume…

Dans la brume des Hauts-Plateaux, je te regarde lentement renaître.

Il y a la terre bousculée de pierres blanches, ce calcaire rond qui réveille ton pas, fait chanter ton chemin. Biensûr tu ne sais pas où tu vas mais qu’importe ! Tu t’enfonces avec la légèreté de ceux qui ont tout laissé derrière eux. Des épicéas fantomatiques surgissent de la blancheur voilée, certains radieux comme des sapins de Noël, d’autres frêles et boiteux, et tu reconnais chacun d’eux. Ceux-là qui se serrent en silhouettes tendrement mêlées, ceux-là qui vont seuls, penchés sous le vent, leurs branches flottant comme une longue traîne après leur tronc tordu. Oui, tu les reconnais. Ils te sont mille fois plus familiers que ta vie.

Il y a les pelouses sèches où les blanches renoncules sont comme des étoiles éparpillées, des étoiles tremblantes, fragiles à l’infini, et tu reconnais cela aussi n’est-ce pas, leur petite tige bravement courbée et la fleur grande ouverte. Je te regarde. Il y a une larme égarée sur ta joue, une seule larme, et déjà le vent qui souffle doucement dessus. Le vent des Hauts-Plateaux. Tu retrouves la mélodie très ancienne, la mélodie d’avant. Devant toi, dans le brouillard épais, une petite fille marche en chantonnant, ou bien est-ce la flûte d’un oiseau ? Elle tient par la bride une ânesse qui avance à côté d’elle. Et c’est tellement beau l’âne solide qui va sagement à côté de l’enfant minuscule. Elle se retourne et te sourit. Et biensûr tu la reconnais.

Les heures passent, les heures longues des Hauts-Plateaux, il y a les genévriers aux griffes d’argent, qui attrapent des perles de rosée puis les laissent tomber à tes pieds. Tu marches au milieu d’eux comme une reine, tu ralentis pour mieux respirer leur parfum précieux, et tu sais que tu garderas cela, que ce sera ta lumière pour les autres nuits à venir, le parfum gris bleu des genévriers.

Tu te laisses conduire jusqu’à la grande plaine qui t’offre ses courbes fleuries, un cerf passe sans un bruit. La brume soulève un peu le bas de sa robe de soie. Tu t’arrêtes un instant. Tu regardes cette étrange route qui a été ta vie, les petits bonheurs, les petits renoncements. La légèreté perdue au fil des années, les rêves abandonnés, l’amour émietté. Tout ce silence, comme un couvercle sur ta gorge. Cette route-la, tu ne la reconnais plus. Tu la regardes. Tu ne lui en veux pas car au fond c’est elle qui t’a menée ici, tout près du battement de la terre. Mais tout de même elle n’est pas très jolie, avec ses tristes détours, avec ses ornières creusées d’ombres… Et peut-être que ton coeur se déchire un peu, un bout d’étoffe trop tendue qui s’ouvre. Qui s’ouvre et laisse entrer le vent des Hauts-Plateaux, la blancheur des fleurs, le murmure des vieux épicéas, l’insouciance des chants d’oiseaux. Et toute la lumière de ta vie nouvelle.

Tu respires un bon coup, et je te regarde quand tu tournes la tête vers le chemin à venir, tu es tellement forte même si tu ne le sais plus. Tu ajustes ton bonnet sur ta tête. Il y a ce sourire dans tes yeux. Et au bout de la brume, la petite fille qui t’attend avec son âne tranquille.

Instant précieux

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Ce matin, bien avant les hommes, tu suis le chemin silencieux, frotté de l’odeur des biches. Le frisson de la clairière par-delà les feuilles et, plus tard, la caresse du premier soleil sur l’herbe douce.

Tu as appuyé ton dos contre un frêne moussu. Et tu restes assis là, dans le souffle des arbres, la vague ondulante et tiède qui glisse sur la forêt et vient lécher ton visage. Il y a du vent ce matin, il glisse sur les herbes dans un frôlement de robe longue, les branches soupirent, les hêtres s’effleurent en murmures pailletés. A travers les éclaboussures de lumière, un petit bout de ciel parfois. Tu es assis, tes pensées vont et viennent, légères, dans la brise. Tu as le temps. Tu regardes le soleil se poser sur chaque feuille, délicatement, puis la quitter dans un souffle de papillon. Oui, chaque feuille, et tu voudrais garder chacune, celle-ci toute ronde et douce, celle-là cousue de trous en fragile dentelle. Et la fougère docilement courbée. Tu voudrais les garder toutes, comme si c’était la dernière fois. Le dernier matin… Et c’est bon de te dire cela, que rien ne sera toujours là, que demain peut-être va savoir… comme ce moustique que tu envoies valser si facilement d’un revers de ta main.

Alors tu ne perds rien de cette minute, son parfum de feuilles sèches, l’étrange velouté de son silence soudain, et jusqu’à sa douleur dans ton dos à force de rester ainsi plié sous le toit murmurant de la forêt. Tu prends tout, joyeusement.

Puis il y a ce léger tremblement du sol, étrange impression de le sentir dans ta colonne, tandis que tes muscles se raidissent et que tu te coules un peu plus le long du frêne, aux aguets. Tu n’es plus qu’attente, et tu ne sais plus si ce bruit sourd qui cogne, c’est un pas de bête ou le tambour de ton coeur… Voici deux cerfs qui avancent, tranquilles dans le soleil. Ils sont si près que tu peux entendre les nuées de mouches noires qui les suivent, et les crissements de l’herbe lavée de rosée, qu’ils arrachent et mâchent en remuant leurs oreilles. Ton corps se relâche, tu les regardes passer entre les troncs. Une seconde de plus et ils ont disparu.

Tu prends cela encore, tu cueilles le vide étrange qu’ils ont laissé après eux. Et cela aussi c’est bon. Tout aimer et ne rien retenir… Le matin finit d’éclore. Il ne reste plus que le vent du sud, tiède et doux, couché sur la clairière.

Séjour Islande 3

La plus belle de nos aurores islandaises. Un moment magique qu’on offre à un ami qui est dans la peine…

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Ce soir je vais m’endormir

Au seuil de ma forêt familière

Dans les bras de mon bien-aimé

Les grillons chantent à la fenêtre

La vie est tellement douce et parfois

Si terrible…

Ce soir je voudrais t’offrir

A toi sous ton fardeau plié

Dans la nuit de ta détresse

Je voudrais te donner

La caresse d’une lueur

Toujours là

A la lisière de l’oubli

Ecoute-la…

Il est tard sous les étoiles

On devine par-delà la montagne

Comme un frisson

A peine esquissé aussitôt

Evanoui. Tu crois

L’avoir rêvée mais la revoilà

Un peu plus loin

Qui s’allonge et s’étire

Voluptueuse déjà

L’aurore…

Enroulée autour du ciel immense

Mèche de cheveux d’ange au vent soufflée

Soie froissée de reflets

Tourbillon d’espérance

Regarde-la danser

Elle effleure les crêtes noyées

Sa ronde sur la mer qui soupire

En longues spirales de vert et d’argent.

Ecoute-le du fond de ton silence

Le roulis des aurores…

Certains disent là-haut

Qu’il suffit d’en voir une

Pour renaître au monde.

Celle-ci est à toi

Même si je n’ai rien d’autre

Que mes souvenirs

Et mes pauvres mots

Mais si tu veux bien

Ce soir

Je voudrais les glisser sous ta porte

Et te rappeler tout bas

La lumière…

 

Histoire de faon

Un faon de chevreuil et sa maman dans les herbes, une belle histoire qu’on a envie de partager. C’est notre petit cadeau du week-end 🙂

Au milieu de la forêt, il y a une petite clairière isolée, loin des chemins et bordée de longs hêtres droits, de buissons d’aubépines, d’érables champêtres et de prunelliers. J’aime la traverser le matin, quand les marguerites tendent leurs corolles blanches au frais soleil et se dressent doucement sous le vent. Ce matin encore je m’y trempe les pieds, et laisse courir mon regard sur le fouillis joyeux de lumière et de fleurs.

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Et là, caché parmi les hautes herbes, je le trouve, enroulé autour du plumetis de son pelage, avec ses grandes oreilles immobiles, son museau humide et ses longs cils recourbés. Adorable et délicat. Minuscule au milieu de la prairie, tellement minuscule ! Et vulnérable… Soudain la clairière est immense, les herbes trop fines et fragiles, les dangers trop nombreux, le monde des hommes trop proche. Je sais que je ne peux pas rester là, malgré l’envie qui me tient de me pencher sur lui et de le rassurer, de me rassurer… Il faut partir, vite, ne pas écraser la pauvre muraille d’herbe qui le protège, ne pas effrayer sa mère qui n’est pas loin, et qui bientôt viendra le nourrir. Ne pas attirer l’attention sur lui. Je fais trois photos. Dans son oeil grand ouvert, je vois le ciel bleu et pur de ce matin de juin, et toute la promesse de la vie qui l’attend peut-être… Et je passe mon chemin.

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Après lui, la forêt est plus belle encore, vibrante et tendre, mon coeur déborde de gratitude. La journée passe, je le sais là, immobile dans son écrin de verdure, bercé par la chanson des grillons, et je me surprends plusieurs fois à prier l’herbe de bien l’entourer.

En fin de journée, j’y retourne avec Matt pour un affût. Nous nous installons à bonne distance, dans les fourrés denses qui bordent la clairière, et nous attendons silencieusement. Est-il toujours là ? Sa mère viendra-t-elle ? Nous la devinons à deux reprises sous les hêtres, de l’autre côté de la prairie, mais elle ne sort pas de l’ombre. Les heures passent, le soleil descend, la cloche de l’église au loin sonne 8 heures, et je commence à me dire qu’elle attendra la nuit pour sortir voir son petit. Mais non, la voici enfin, qui avance tranquillement en arrachant des touffes d’herbe longue. Elle s’arrête parfois et tend l’oreille, puis reprend sa lente errance au milieu des graminées. Vision onirique de cette chevrette à travers les feuilles qui nous cachent et qui viennent l’auréoler de lumière.

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Le faon est là je le sais, même si on ne parvient pas à le voir. Peut-être entend-il le pas de sa mère qui crisse doucement autour de son berceau de verdure ? Peut-être a-t-il fermé les yeux, rassuré par les bruits familiers déjà de la nature qui l’entoure. C’est ainsi que je veux l’imaginer ce soir, endormi et serein, alors que sa mère cueille les longues tiges gorgées de nutriments, et que la force de vie passe ainsi d’un être à un autre.

Nous y retournerons peut-être dans quelques jours, avec l’espoir de le voir gambader dans la jolie clairière aux marguerites. Mais pour le moment il est temps de les laisser tranquilles tous les deux. Ne pas prendre le risque de les inquiéter en venant trop souvent. Ne pas marquer les lieux de cette odeur humaine qui provoque la terreur, et qui pour eux est liée au danger et à la mort. Juste les savoir là nous suffit. Si proches et si lointains à la fois. Nous revenons avec le cadeau de ces quelques images, et le bonheur d’avoir partagé ce petit morceau de leur vie. En retrouvant notre maison, avec ses murs de bois blond qui nous protègent du vent et de la pluie, notre maison si douillette et chaleureuse, cocon de lumière dorée dans la nuit, je garde au bord des lèvres ma fervente prière aux herbes de la clairière… Qu’elles poussent, longues et épaisses autour du faon caché, et se penchent sur lui comme des centaines de bonnes fées…

Stage photo flore de montagne et orchidées

Une image prise lors de notre dernier stage photo Flore de montagne et orchidées. Et un petit texte inspiré par les merveilleux moments partagés avec nos stagiaires. Des moments pleins de chaleur et d’authenticité. Merci mille fois d’être venus jusqu’à nous!

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Stage photo Flore 2017 : Le bonheur se cueille à l’ombre des chênes…

Traverser la prairie fleurie diluée de vert et de mauve, piquée de sauges sauvages et de boutons d’or. Sentir le long des jambes le frisson des longues marguerites, qui doucement courbent leurs tiges pour déposer au sol les flocons de leurs pétales. Sous le soleil qui cogne, les couleurs se brouillent en un tableau impressionniste, une peinture vivante, ondulante et sonore, toile chatoyante où glisse, de temps à autre, le vol bourdonnant d’un insecte. Il fait chaud. La prairie chante. Assis au milieu des fleurs, chacun offre son visage à la lumière du printemps…

A l’ombre de mon chêne, l’herbe est grasse et douce. L’air est frais, le soleil tremble derrière les feuilles. Je me suis couchée là, dans le parfum sucré du trèfle rouge et des graminées. Fermer les yeux à demi, en se laissant bercer par la mélodie ronronnante des grillons. Petit à petit, les uns et les autres délaissent leur boîtier, et s’abandonnent aux bras de la prairie. Chacun y trouve son chêne, son petit coin d’ombre bienfaisante. On ne parle plus. On ne cherche plus… Dans la chaleur de cette fin de journée, le temps s’est arrêté.

Il y a eu tant de beaux moments pendant ce week-end, au milieu des fleurs sauvages. La nature a versé à nos pieds des trésors, les tulipes sauvages et leurs corolles d’or délicatement soulignées de rouge, les douces jonquilles au milieu des tapis blancs de renoncules, le bleu velouté des gentianes, les incroyables orchidées, dessinées comme des bijoux, qui se laissent trouver au milieu des herbes comme des pierres précieuses. Les gouttes de rosée, au petit matin tendre. Les marches dans le parfum de la pluie. Les ciels alourdis de nuages, puis lavés de bleu limpide. Les partages et les rires. Les rêves de chacun. Nos innombrables points communs. Et cet émerveillement que nous avons regardé venir dans leurs yeux, grossir comme une marée joyeuse, et qui se déverse enfin ici, dans cet écrin coloré et sauvage bordé de falaises argentées. Ici…

Ils ne savent pas, ceux qui sont venus jusqu’ici, et qui nous remercient avec tant de chaleur au moment du départ, qu’ils nous ont fait un cadeau. Car, par delà la beauté de ces jours enchantés, ce qui est bon, c’est le bonheur des autres, que l’on cueille à l’ombre des chênes…

Voyage photo Islande 2

Islande-0998

Elle patine sur le lac gelé,
Légère, le temps passe si vite,
Pourquoi s’encombrer de craintes ?
Elle glisse sans hésiter
Et laisse couler sur le silence immense
La cascade de son rire.
De temps en temps
Elle perd l’équilibre
Ses bras dansent dans l’air et déjà
Elle retrouve son pas
Souple et confiant
Sous le ciel paisible.
Elle patine, la glace chante
sa mélodie cristalline
piquée de craquements bleus.
Le lac, sous sa lourde croûte figée,
Ondule doucement, le soir vient.
File, file ma jolie patineuse,
N’écoute pas les voix enlisées
Qui veulent prévoir,
Qui pensent savoir,
Et regardent leur vie passer.
Glisse ma fragile, ma souriante,
ma bien-aimée téméraire !
Et si je te crie de faire attention…
Ris-moi au nez !