Archives par mot-clé : Vercors

Bivouac sous la pleine lune

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Sous la lune ronde nous marchons. Nos raquettes froissent le silence. Sous nos pieds, la lumière, irréelle, semble naître de la neige. Nos ombres bleues s’allongent et glissent sur le Plateau pâle figé par le froid. Le froid… Sentir son souffle sur le visage.
De temps en temps nous rencontrons la silhouette fantomatique d’un hêtre isolé, qui enroule ses branches vers le ciel. S’appuyer un instant contre lui, la tête abandonnée sur la courbe de son tronc rugueux. Puis repartir en gardant sa force sereine.
Tout est calme, nous nous taisons. Le temps s’engourdit. Ne plus penser à rien.
Nous marchons au fil des empreintes de lièvre ou de renard, leurs sillons s’entrecroisent en signes mystérieux que nous suivons jusqu’au vallon tranquille.

Là, dans la nuit saupoudrée d’étoiles, le tipi luit, minuscule luciole entourée par le corps ondulant du bois d’épicéas. Et le monde tout autour. Immense. Retrouver le parfum du feu, sa fumée monte comme une prière vers la lune. Notre prière… Que vouloir de plus que ce que nous avons? Tout est là.
Loin, très loin, dans une autre existence qui ne semble plus la nôtre, des centaines d’objets s’entassent et nous attendent. Ils sont censés nous simplifier la vie. Ils nous la font oublier. Ne plus oublier. Que tout est là.

Attraper ta main chaude en avançant vers la lumière dorée du tipi et, juste avant d’entrer, goûter une dernière fois l’air glacé dans la gorge. Et le bleu de la nuit.

 

Beneath the starry silence, shadows retreat, helpless to resist the advancing full moon. A pale eerie light rises from the snow-covered plateau. Twisted streching shadows of a projected beech branch intertwine with a meandering fox trail. Brief sketches of animal and plant life jotted down on winter’s ephemeral white sheet.

A bluish smokey column streams upwards from our glowing tipi, contrasting sharply with the dark outline of our spruce backdrop.

We step into the tent where waves of heat wash over us to the rythmn of the flaming logs. Back to basics. Warmth, shelter, food and sharing each other’s company. This is what we find in this winter wilderness. Life is simple here. And it is real

Strech out our numbed fingers to the glowing stove.
Drift into the intermittant sleep of outdoor nights.
Awaken to the noisy flight of a crow beating his wings
safe in the knowledge his prey will not flee.
And open the tent to a new day.
Should we stay?

Prochain stage photo nature: le Grand Blanc, la magie de l’hiver sur le Vercors

Notre prochain stage photo, Le Grand Blanc, approche, les premières neiges sont tombées sur le Vercors, nous retrouvons ces ambiances féériques, parfois lunaires, parfois austères, parfois poétiques que nous aimons tant et nous vous invitons à venir les savourer à nos côtés le temps d’un week-end. Il reste encore deux places.

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Une image, un poème…

Lors de notre exposition « à fleur de brume »  fin novembre à Montier-en-Der, vous êtes nombreux à avoir été touchés par les textes présentés avec les images. Nous vous remercions une nouvelle fois d’avoir partagé avec nous vos émotions, de nous avoir parlé sur le stand, d’être venus vous livrer un peu…

Certains des poèmes présentés étaient inédits, et n’avaient jamais été publiés. Pour vous remercier de vos touchants retours, nous en partageons un avec vous sur ce blog… en attendant la publication de notre livre…

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Hier, dans le silence de la brume
je suis passée t’en souviens-tu?
Nous avons partagé un infime instant de vie
et quelques atomes d’air.
Nous goûtions l’un et l’autre le parfum de la forêt,
au creux de moi, lentement,
mon petit grandissait, et toi
tu m’as regardée sans bouger, puis tu m’as laissée
m’enfoncer doucement dans le brouillard d’automne.

Ce matin
Couchée sur le flanc, j’attends
la dernière balle.
La forêt hurle sous tes chiens, les feuilles affolées
s’envolent en gerbes rouges et crissantes.
Tu dis que c’est ainsi depuis la nuit des temps,
sans cesse vous nous rappelez
que la vie ne tient qu’à un fil
d’araignée
pour mieux vous-mêmes l’oublier.
Mais dans la nuit des temps
vous étiez bien moins forts, et la mort
n’était pas un loisir encore.

Mon petit ne verra pas
la lumière du mois de juin
le vert de l’herbe si vif qu’il brûle presque les yeux,
les diamants de soleil versés sur l’eau des mares.
Et toi, seras-tu encore là?
Sous les cognements de mon coeur
j’entends maintenant
le bruit de tes pas.

Stage photo nature Echappée Belle

De beaux moments de partage sur les Plateaux du Vercors qui commençaient à se couvrir d’or ces 3 et 4 octobre 2015. Nous avons eu une météo très automnale, la pluie a bercé nos pas toute la première journée, et elle a été remplacée le lendemain par des lumières pures et douces qui ont fait la joie de tout le monde. Merci aux personnes qui sont venues se joindre à nous pour ce week-end, ce furent des moments forts et heureux, pleins de beauté, d’humanité, comme nous les aimons!

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stage photo nature « Echappée Belle »

Le stage photo nature « Echappée Belle » des 3 et 4 octobre 2015 est désormais complet. Nous nous réjouissons de partager les merveilleuses ambiances de l’automne sur le Vercors avec les personnes inscrites. Déjà, les premières brumes arrivent, déjà, les couleurs des arbres changent doucement, et dans la forêt le brame du cerf commence à résonner. La magie est là… Il n’y a plus qu’à regarder, écouter, sentir…

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Solstice d’été

 

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C’est le solstice d’été.
Dans les herbes le soleil,
nonchalant,
traîne
comme un pianiste égaré.
On a planté la tente
sous la longue et lourde branche
d’un vieux hêtre tortueux.
Elle tremble sous le vent,
vénérable vulnérable,
mais résiste quand
ma fille aux cheveux emmêlés grimpe sur elle,
s’entortille et l’enlace et se couche sur elle
en l’appelant grand-mère.
On les laisse,
l’enfant sauvage et l’arbre sage,
pour traverser la clairière
et s’allonger dans le parfum doré
des graminées.
Le vent souffle sur elles
sa chanson endiablée
et le reste
enfin
se tait.
Dans la forêt les dernières perles de lumière
ruissellent
sur les feuilles tremblotantes des hêtres
la mousse des troncs les cheveux blonds
de notre enfant,
ruissellent et s’évanouissent
comme un enchantement.
Puis près de la tente,
sous la vieille branche noueuse,
les gestes simples et familiers,
les gestes lents et sages du repas qu’on prépare,
tandis que le réchaud siffle et chasse
le froid des premières ombres,
tandis que,
dans la clarté irréelle de la clairière abandonnée,
les biches une à une avancent
inquiètes et farouches,
sauvagement belles.
Elles partagent avec nous le vent,
le sucre crissant de l’herbe d’été,
partagent avec nous la terre,
la tiédeur douce et mouillée de la terre,
où les racines du vieux hêtre creusent
et s’enfoncent et se ramifient
avec une lenteur infinie,
juste là sous la tente
où notre fille, dans nos bras, s’est endormie.

 

Stage photo nature Rêves Nomades

 Notre prochain stage photo, « Rêves Nomades », qui se déroulera les 10, 11 et 12 juillet prochains, est désormais complet. Nous sommes heureux de pouvoir partager avec les personnes inscrites ces quelques jours en itinérance et en autonomie totale, au coeur de la réserve naturelle des Hauts-Plateaux. Des moments forts à vivre et à photographier!

 

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La forêt enchantée

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Je l’ai connue à l’automne, dorée et vibrante des cris du cerf. Je l’ai connue dans le silence de l’hiver, figée sous la glace comme par un sortilège. Je l’ai connue brumeuse en avril, quand le printemps n’est encore qu’un fragile espoir et que les premières feuilles frémissent sous le vent froid. Je la retrouve radieuse sous le soleil de juin. Je suis revenue dans la forêt enchantée. Je suis revenue…

Pour quelques jours j’ai replié la liste longue, la liste lourde des choses à faire, abandonnée près de l’ordinateur éteint, oublié mon téléphone, aucune onde ne parvient de toute manière à percer l’épaisse muraille de la forêt, j’ai laissé toutes les urgences en attente, pour marcher ici, légère et calme. Marcher sous les hêtres immenses, m’arrêter au bord des clairières écrasées de soleil, me coucher dans l’odeur des fougères et regarder passer les nuages dans le ciel. Comme c’est bon de juste regarder les nuages passer derrière le tremblement des feuilles!

Je suis revenue. Cueillir l’ail des ours et l’épinard sauvage que je cuisinerai ce soir. Boire à l’eau de la source, m’y laver dans la fraîcheur du matin, la sentir couler sur mes épaules, y plonger mon visage engourdi par la nuit, la laisser emporter la fatigue et les soucis.

Je suis revenue. Religieusement regarder les soleils couchants des Hauts-Plateaux, m’arrêter devant la pleine lune qui monte derrière les arbres, et être là pour le premier cri de la chouette.

Respirer le parfum d’ici, cette odeur puissante de terre, de mousse et de bête, que je n’ai pas goûtée ailleurs et que je reconnaîtrais entre mille. Je la trouve à nouveau aux pieds des arbres centenaires, enfouie sous les feuilles, intacte, précieuse et familière. Le parfum de la forêt enchantée. Elle me ramène, mieux que toutes les paroles de sagesse, à l’évidente joie d’être en vie, à la miraculeuse beauté du monde. Pas seulement ce monde-ci, exalté dans ce début d’été, mais aussi celui que j’ai laissé loin derrière le peuple bienveillant des hêtres, ce monde enchevêtré de petits bonheurs fugaces et de douleurs lancinantes, d’espoirs et de frustrations, de violence et de douceur. Mon monde. Que j’observe étonnée à travers le frémissement argenté de la forêt et que je reconnais comme le mien. Et que j’aime, tout entier, avec ses étranges contradictions….

Je suis revenue. Et c’est bon…